A cinq heures de l'après-midi (2003)

de Samira Makhmalbaf

avec Agheleh Rezaïe, Abdolgani Yousefrazi, Razi Mohebi, Herzieh Amiri

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE

A cinq heures de l'après-midi, après la chute du régime taliban en Afghanistan, une jeune fille tente de profiter de cette nouvelle liberté pour s'épanouir socialement et devenir Présidente de la République.

LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE

Dans l’Afghanistan post-taliban, une jeune femme veut devenir présidente de la République… Cette perspective un peu folle permet à la jeune réalisatrice Samira Makhmalbaf de dresser un bilan brut de son pays. Les quelques avions et automobiles qui apparaissent ça et là dans le film rappellent au spectateur que nous sommes bien au XXIème siècle. On aurait presque tendance à l’oublier, tant la situation du pays est précaire : des milliers de personnes meurent de faim, sans toit, avec pour tous biens une carriole généralement tirée par un animal à l’agonie. C’est au milieu de tout cela, et aussi du poids de la religion encore puissant,  que Nogreh tente de s’émanciper. A ce désir de libération, Samira Makhmalbaf donne des accents de rituels : après s’être enfoncée dans d’obscures souterrains, après s’être chaussée de talons occidentaux, après avoir enfin relevé son tchadri, la jeune femme peut se joindre à l’école de filles. Un petit miracle, où les femmes débattent, s’engagent, à mille lieues du rôle de femmes au foyer dans lequel les hommes voudraient les maintenir. Néanmoins, à plusieurs reprises, la réalisatrice insiste sur le fait que, si le sort de la femme en Afghanistan est scandaleux, le combat dans les pays occidentaux n’est pas gagné : combien de femmes, en Europe et en Amérique, ont pu accéder à la présidence de la république ? On les compte sur les doigts d’une main… Mais la lutte énergique de Nogreh finit par être noyée par les difficultés insurmontables de la vie quotidienne. Quand on ne sait pas où loger le soir, ni même ce que l’on va manger, est-ce qu’on peut encore chercher à s’émanciper ? Commence alors un drôle de voyage en charrette, qui semble ne jamais prendre fin, avec deux femmes un bébé et un vieillard. Avec cette quête d’un endroit meilleur, il semblerait que la réalisatrice ait voulu raconter ses propres raisins de la colère. A cette différence près qu’il n’y a pas de colère chez ses personnages. Juste ce désir de survivre, et aussi cette indicible angoisse, alors que ce Dieu si constamment invoqué apparaît absent. Commencé dans l’optimisme, le film se clôt dans la mélancolie. Entre-temps, Samira Makhmalbaf a esquissé un très émouvant portrait de femme, qui oscille entre malice – l’échange avec le soldat français – et poésie : comment ne pas être ébloui par ses silhouettes bleues qui hantent les rues de Kaboul ? Reste à souhaiter que le bruit des talons blancs de Nogreh recommence un jour à résonner…AV

retour films

retour loisirs

retour accueil