ASIAN DUB FOUNDATION

community music

2000

"brillant et explosif[...] malaxe sans répit racines indiennes, ivresse dub, action politique et vertiges électroniques[...] a brinquebalé les embruns de musique indienne de leurs parents au gré des tempêtes rock, l'a emmenée dans les boucles de l'électronique en lui faisant danser le jungle-beat sur un tapis jamaicain [...] osent cette fois-ci s'écarter du format scandé du hip-hop pour quelques tentatives mélodiques et chantées" (les inrockuptibles)

 

"Blairful of Thatcher/ Stuck on the 45/ The suits have changed/ But the old ties survive"

"Who controls the past controls the present/ And who controls the present controls the future"

"Stayed and we fought/ And now the future's open wide"

"Truth hides in people written out of history"

"This is the wall of community sound"

"And being a warrior and being a struggler/ has been forced on me by oppression"

"A reluctant warrior, a reluctant struggler/ But...I do it because I'm committed to life"

 

MA CHRONIQUE:

Chaque écoute apporte quelque chose de nouveau vu le foisonnement textuel et musical de cet album grandiose, album militant, engagé, politique, provocateur et agressif mais profondément humain et humainement profond. Community music porte bien son titre - il ne s'agit pas seulement de la musique de la communauté indo-pakistanaise implantée massivement en Angleterre mais aussi de la musique de toute la planète-.Les termes "musique du monde" et "fusion" semblent avoir été inventés pour cet album. Cet album, très construit, aurait été sans doute censuré en d'autres temps pas si éloignés.

Real Great Britain insuffle une énergie et une puissance phénoménale à cet album . L'anglais chanté avec un accent indo-pakistanais très prononcé et brandi comme une marque d'orgueil et de défi à l'establishment est soutenu par des beats délirants et des riffs de guitares électriques aux fortes tonalités rock. Mais la texture est composée de mille petits éléments fusionnés (flûte par ci, cuivres par-là) recouverte par un chant scandé à la façon rap. Tout cela pour composer une sorte d'hymne de la communauté indo-pakistanaise britannique sur un texte revendicatif et provocateur jusque dans le titre. Memory war nous gratifie de beats et de riffs avec des relents de reggae dopé au rock et au hip-hop le plus radical, le tout enrobé de mélopées orientales occidentalisées ou de mélopées occidentales orientalisées : une grande coulée de sons divers et toujours la même rage, la même colère, la même énergie. Officer XX commence calmement pour monter progressivement en puissance: on tape de plus en plus fort sur les drums , le phrasé rap aussi s'accélère , les riffs de guitare se lâchent tels des fauves excités. Peu avant la fin du titre une flûte indienne nous accorde un peu de répit mais au coeur de la jungle, la jungle urbaine où errent les immigrés.Le leitmotiv mélodique de New way, new life agit comme la petite musique qu'on a dans la tête et qui nous rappelle d'où on vient et où l'on est. Ici, le groupe chante son attachement à ses origines . La tonalité générale du titre est plus ouvertement indienne mais toujours à base de beats implacables, de guitares électriques et de phrasé rap convoqués ici pour affirmer fièrement l'originalité et la singularité de ces immigrés de la seconde génération (britanniques indiens). La fusion évoquée dans le texte se traduit dans la musique avec naturel. Un tube en puissance -à tous les sens du terme-. L'instrumental Riddim I like débute plus calmement (tout est relatif): quelques lignes de basse et boite à rythmes soulignés par un harmonica nous font entrer avec douceur dans ce titre où apparaissent divers instruments et sons mais cette fois-ci les uns après les autres ou couplés mais non fusionnés. Le tout reste assez rapide mais plus serein. On atteint une sorte de plénitude et d'acceptation de son identité confirmées par des envolées aux tonalités purement indiennes. Collective mode offre une intro très orientale avant que la rythmique n'entre en jeu et que les guitares toujours électriques ne commencent à s'élever. La voix vient alors scander une sorte de rap sur un rythme reggae laissant place à un refrain en forme d'hymne avec choeurs. Ce titre réussit la fusion totale sans que cela soit artificiel (ce n'est pas Sting): cordes et violons classiques, mélopées arabisantes, rythmes jamaïcains et même sons africains. Ceci clôt une 1ère partie qui se penche sur le passé et les racines , les origines ancrées dans le présent .

Le présent investit les 3 titres suivants à commencer par Crash où l'auteur s'en prend au mondialisme économique capitaliste juste après avoir,lui, réussi le mondialisme musical. La venue du crash boursier est presque chanté avec joie. La menace de crash est bien rendue mais cette menace rend euphorique ( "na na na " et "eh eh eh " repris en coeur) car elle vise ceux qui exploitent. Surgit alors un déchainement de guitares et de violence: la révolution commence ("it's de end of history, we say it's just de beginning"). Le titre se termine par des sons qui fusent tels des missiles.Le discours politique (on pense bien sûr au I have a dream de Martin Luther King mais en plus subversif) samplé pour Colour line est scandé par une voix passée à travers divers filtres. Autour la musique virevolte.La texture musicale est faite de boite à rythme, basse, flûte, instruments indiens et sons électroniques . La force du discours s'appuie sur un rythme solide, régulier et déterminé: la voix du tiers-monde se fait entendre mais enfin elle s'affirme avec force et efficacité.La voix qui s'élève au début de Taa Deem est libre comme l'air et le rythme vient s'y greffer. Des chants tribaux arrivent entourés de guitares électriques avant qu'une voix s'élève et parle dans un cri infini et maîtrisé. Force guitares l'accompagnent dans une espèce de transe libératrice des forces de vie et de révolte avant que la voix aérienne initiale ne revienne pour relancer la machine infernale et terminer le morceau dans un chaos.

La place est libre pour construire l'avenir et la terre est vierge comme aux temps des pionniers qui repoussaient la "frontier" en Amérique du Nord. Judgement a d'ailleurs la tonalité des compositions de Morricone pour les westerns. Le groupe revient pour chanter et affirmer une nouvelle voie politique alternative aux "Labour Tories". L'électronique est convoquée au début de Truth hides relayée et prolongée par des guitares et une voix féminine qui vient louer la sagesse des humbles et des oppressés sur lesquels il faut sans doute s'appuyer pour reconstruire. Rythme, voix et mélodie hypnotiques sont convoqués pour cette quête de la vérité. L'intro de Rebel Warrior est ouvertement indienne avec instrumentation et chant avant qu'un rap très rapide et agressif ne vienne pousser le cri de guerre. Ce titre exprime de la colère et aussi de la violence et même les revendique. Mais cette violence s'exprime par la musique et le rythme , comme l'attestent les paroles: "repetitive beats/ beating against your skull / I'll be striking you down/ to the sound of the wardrum". Ils revendiquent la violence au service d'une mission pacificatrice : "it's a part of my mission/ to break down division/ mental compartments/ psychological prisons". Mais l'ennemi est quand même bien désigné: le blanc occidental : "yes the unity of the Hindu/ and the Muslim/ will end your tyranny". Committed to life édicte la profession de foi du militant qui combat par nécessité et pour la dignité humaine. Il s'agit en fait d'un discours sous forme de conversation-monologue par une femme.La mise en musique en fait un discours fondateur et de référence. L'instrumental qui termine l'album Scaling new heights révèle un visage plus serein, plus apaisé, plus reposé et plus enjoué. La fusion est enfin réussie.On retrouve les mêmes sons et instruments mais la mélodie suit son chemin librement et de façon déterminée, sans obstacles, sans tension et sous controle. La menace demeure et se tapit dans l'ombre et est exprimée au milieu du titre par des distorsions électroniques mais la mélodie repart et controle l'ensemble. P.C.

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