...à la campagne (1995)
de Manuel Poirier
avec Benoît Régent, Judith Henry, Jean-Jacques Vanier, Sergi Lopez

PRESENTATION SUR LE SITE DE CINECINEMA
À
sa sortie de Fleury-Mérogis, Lila est déboussolée, il lui faut
changer d'air. Elle quitte Paris pour Brionne, un village de
campagne où vit sa soeur. Un jour, elle croise Benoît, un drôle
de type qui habite le coin, avec son chien, Salopard. Il va de
temps à autre à Paris vendre les jouets qu'il fabrique, mais y
a laissé ses illusions et sa compagne, préférant la quiétude
de sa maison des champs et les soirées mi-drôles, mi-tristes
avec ses copains. Lila passe une soirée - et une nuit - avec lui.
Elle amorce quelques confidences sur une amie, qui est en prison,
sans ajouter qu'elle-même en sort. Puis elle s'enfuit soudain,
laissant Benoît seul et désespéré. Il part alors à sa
recherche.
"A la campagne" est la première collaboration de
Sergi Lopez avec Manuel Poirier : trois ans plus tard, "Western"
lui vaudra le César du meilleur acteur.
MA CHRONIQUE
Après ce film et même pendant tout son visionnage, on se sent bien, heureux, comblé , ouvert à la vie et ce, même quand l'histoire d'amour qui nous est contée finit peu de temps après avoir commencé sans raison apparente ou évidente, alors que l'amour semble pourtant bien là entre les deux personnages. Mais le départ de Lila - Judith Henry- se produit à la moitié du film et on reste avec l'homme -le regretté Benoit Régent- dans ce petit bout de province à trimbaler ses interrogations, sa solitude, son doux désespoir, à tenter de comprendre pourquoi ce départ soudain en plein bonheur. Dans une histoire d'amour, chacun arrive chargé de son histoire, de ses douleurs, de ses non-dits à un moment donné de celle-ci. On a l'impression que leur histoire aurait pu fonctionner mais le tout est que l'on soit au bon endroit au bon moment. Comme il le dit lui même, il y a toujours plein de raisons de partir que l'on aime ou que l'on n'aime plus. Un matin, après avoir recherché en vain son fidèle chien, l'homme exprime à quel point il est affecté par la solitude. Mais malgré cela, on ne se sent pas mal!
Car il y a les copains, les parties de Uno, les virées nocturnes à Caen. Et puis il y a Salopard, le fidèle chien -dont la disparition provisoire amène à une unique scène où le malaise est palpable dans les cris d'appel désespérés et douloureux du maître-, l'âne, la chienne offerte par Lila, les petites routes de Normandie, la quiètude, le feu dans la cheminée...
Ce film est une ode à l'amitié et à la vie retirée en province et à la campagne sur laquelle Manuel Poirier porte un regard tendre sans pour autant sombrer dans l'idyllisme béat. Il dépeint bien la curiosité des uns et des autres mais loin d'être l'expression de mesquineries, elle révèle plutôt l'empathie des gens. Enfin, on y sent le pouls de la vie battre, l'ennui mais aussi la communion avec la nature et dans cet univers, le désespoir est plus doux car il se nourrit du bonheur qui lui même se nourrit du désespoir.
Enfin, ce qui est l'essence de ce bonheur provincial dans ce coin de Normandie, c'est la communauté qui y vit. Certains sont du coin, mais d'autres ont choisi cet endroit , certes, pour fuir la ville ou leur histoire, mais ils ont choisi ce lieu pour y rester. Formant presque une communauté hippie mais composée d'individus disparates -un couple homosexuel par ailleurs très conventionnel modelé sur les couples hétéros classiques et à l'ancienne, un immigré espagnol ...- ils ont renoncé , comme le dit Benoit, à changer le monde mais ils ont trouvé un endroit qui se rapproche du monde dont ils rêvent,à défaut d'un eden absolu, d'un monde qui ignore ou efface les difficultés et les problèmes. Une très belle séquence exprime avec force et bien mieux qu'avec des mots les vertus de la province: lors d'un bal, la caméra fait un traveling de gauche à droite puis de doite à gauche plusieurs fois suivant puis abandonnant les couples de danseurs avant de les retrouver. On participe ainsi de la fête (par le mouvement) tout en en étant détaché, tout en étant ailleurs, seul. On sait, comme Benoit qui à ce moment là du film ne sait pas trop où il en est de son histoire naissante avec Lila qui après une soirée a préféré ne pas rentrer avec lui, que la vie est là et qu'on peut s'y raccrocher même si nos pensées divaguent et nous mènent temporairement sur les rives de la tristesse.
A aucun moment, nous ressentons une quelconque douleur. Ce qui passe, c'est le flux de la vie et la campagne aide à accepter les petites misères car elles font partie du cycle de la nature...humaine. Ailleurs, en ville, la douleur de Benoit aurait été peut être insurmontable et le désespoir profond et sans retour. Ici, ils sont doux et apaisés.
De plus, il y a une chanson inédite de Charlélie! PC