Belle de jour (1967)
de Luis Bunuel
avec Catherine Deneuve, Jean Sorel, Michel Piccoli, Pierre Clémenti

PRESENTATION DU FILM SUR LE SITE DE CINECINEMA
L'épouse d'un
chirurgien vit de violents fantasmes masochistes et devient la
pensionnaire assidue d'une maison close.
Co-scénariste, Jean-Claude Carrière multiplie les références
à Sade. Réalité et souvenirs, étroitement mêlés, offrent un
tableau clinique du masochisme que Buñuel assimile à une
critique iconoclaste du christianisme et de la morale bourgeoise.
Lion d'Or au festival de Venise 1967.
MA CHRONIQUE
Critique du mariage, dénonciation de l'hypocrisie bourgeoise et des valeurs judéo-chrétiennes mais aussi volonté de choquer et plaisir pervers de provoquer, maltraiter et humilier les uns et les autres (fonction davantage remplie par le personnage interprêté magistralement par Piccoli) : il y a tout cela , incontestablement, dans ce film troublant et profondément érotique qui peut être interprété de multiples façons toutes aussi valides les unes que les autres tant Bunuel entrouvre de portes sans jamais en franchir totalement le seuil.
Mais là n'est pas l'essentiel.
Réalité et fantasmes se mélangent et ne font qu'un dans ce film. Bunuel pénètre dans l'intimité de Séverine, celle de son âme et nous montre que derrière la réalité, derrière le visage policé présenté à la société tous les jours se cache tout un univers insoupçonnable, complexe, riche et excitant, se nourrissant de la réalité en la réinvestissant dans l'imaginaire, qui lui même réinvestit le réel. Ce monde intérieur de Séverine tranche avec l'ennui et le conformisme représenté par ce mari certes charmant, riche et intelligent. La liaison avec le jeune voyou interprêté par Pierre Clémenti est une alternative temporaire mais qui se révèlera insatisfaisante elle aussi tant il tombe lui aussi dans le conventionnel.
Personne ne s'en tire bien aux yeux de Bunuel si ce n'est peut-être ces femmes qui officient dans le bordel d'Anaïs, les seules qui sont vraiment libres (quoique il est dit que c'est la recherche d'argent qui les pousse à ces activités).Mais paradoxalement, ce qui est le plus excitant, c'est le processus de découverte d'elle-même par Séverine qui ne soupçonnait pas un tel espace de liberté en elle et qui, du coup, s'en porte mieux dans son quotidien. Contrairement à Piccoli qui se désintéresse d'elle dès qu'il découvre qu'elle n'est pas la femme pure et prude qu'il pensait, c'est le franchissement de cette limite, c'est cette mince frontière qui passionne Bunuel ainsi que le spectateur et qui rend Séverine si troublante et excitante. PC