BELLE & SEBASTIAN

fold your hands child, you walk like a peasant

2000

"charmantes mélopées rurales [...] pop entêtante et gracile teintée de folk doucereux et mélancolique[...] délicatsouvrages de broderie anglaise, écrits sur du vent" (les inrockuptibles)

"and if you think you see with just your eyes you're mad"

"I truly love her but I know / I'm bad for her, I'm bad and so/ At least she may forgive me for my honesty"

"I'm standing on the harbour wall"

"I don't care whether you hear this/ I don't care if I'm alone here singing songs to myself"

"I want Poetry and Music and some laughs"

MA CHRONIQUE:

Le 1er titre nous plonge immédiatement dans l'univers sombre et léger, grave et introspectif de Stuart Murdoch dont la voix à l'apparente fragilité nous invite à le suivre sur les champs de bataille de sa guerre intérieure. I fought in a war n'est pas l'orgueil chanté d'un ancien combattant mais le constat amer d'un gâchis humain. Douce mélodie aux tonalités graves et mélancoliques la guerre en question est soulignée par des cuivres mais ceux-ci ne sont pas ceux des assauts de cavalerie et restent humbles, tout comme ci a posteriori une prise de conscience de l'idiotie de cette guerre se réalisait dans le coeur et l'esprit du "combattant". Mais de quelle guerre s'agit-il ici? Une guerre militaire, de clans, au sein d'un couple? peu importe! La chanson s'arrête assez brutalement sur une ligne mélodique en pleine ascencion, comme fauchée en pleine fleur de l'âge. On pense à Will Oldham et Palace pour le dépouillement instrumental du début du titre et la fragilité qui domine l'ensemble. The model nous renvoie de façon plus directe et immédiate à la réalité moderne et à la thématique pop de par les thèmes et références du texte et la base rythmique avant de céder à la rêverie oisive et aux pensées débridées que les envolées mélodiques à l'instrumentation soignée soulignent et prolongent.Les Go-between ne sont pas loin.Ce titre contraste avec la simplicité instrumentale de beyond the sunrise, où on est cueilli par une voix masculine grave qui nous fait songer au Nick Cave de Murders ballads. Cette chanson est une vision d'un paradis beaucoup plus sensuel , voire sexuel que la version la plus répandue et ce paradis alternatif est incarné par une voix féminine au timbre de cristal . L'effet mystique de ce titre est renforcé par des choeurs célestes masculins et féminins. Waiting for the moon to rise est une chanson d'état de pré-sommeil, entre veille et sommeil chantée par une voix féminine ouatée, baignée et submergée d'une brume de lumière. Flûtes et guitares accompagnent ce rêve. Superbe intro que celle de don't leave the light on baby pour la chanson la plus ouvertement pop-rock de l'album: piano électrique avec cordes qui montent lentement à l'arrière avant l'entrée en scène de la voix. La chanson reste sous tension tout au long et l'explosion attendue ne vient jamais. Une longue frustration qu'un superbe solo de piano et des envolées à la limite du classique viennent partiellement percer avant que la tension reprenne langoureusement. Cet état de tension n'est pas insupportable! Ce morceau ne ferait pas tâche sur le Abbey Road des Beatles. Suit une chanson pop classique à la rythmique implacable et l'entrée en scène de tous les instruments distillés jusqu'alors avec parcimonie et finesse.Ce the wrong girl fait penser un peu au uptown girl de Billy Joel, accrocheur, efficace mais pas au niveau du reste. Mais il fallait bien ça pour affronter la noirceur désespérée de the chalet lines où la voix fragile de Stuart accompagnée uniquement d'un piano d'outre -tombe raconte à la 1ère personne un viol subi. La peur du SIDA, le désespoir et la solitude infinie y sont évoqués et le violoncelle à la fin vient couronner l'un des titres les plus "flippants' jamais entendus! Heureusement nice day for a sulk est gai, enjoué mais quand même avec beaucoup de retenue. Tout cela pour chanter le refus du bonheur niais. Le bonheur c'est de faire la gueule pour Stuart mais aussi faire de la musique. Il y exprime ici son anti-conformisme -pas nécessairement voulu-. Alors que la journée se prêtait à la contemplation béate et à la convivialité, lui sort des vacheries sur les dents d'une fille et va faire un boeuf avec des potes musicos. D'ailleurs pour ce titre qui fait penser encore aux Beatles (Penny Lane/ the fool on the hill) on dirait que Ringo Starr s'est assis derrière la batterie (on ne dit jamais assez de bien de son jeu discret et intelligent au service de la chanson).Women's Realm évoque les chansons rapides d'Elton John : il s'agit d'un duo . Ce qui serait un gros succès pour Elton reste un des titres les moins convaincants de l'album. Family tree révèle un autre aspect de l'étendue du talent de ce groupe: c'est l'humour qui n'est pas absent dans d'autres titres non plus.Ce titre ,léger est une ode au non-conformisme familial et social sans rage et sans haine (et pourtant: "cause I'm here in a cage/With a bottle of rage")et avec beaucoup de naiveté, d'auto-dérision et de seconds degrés. There's too much love fait penser à un Will Oldham dopé et enrobé. Provocation et introspection , jeux de voix sont employés pour louer la richesse intérieure de l'individu. P.C.

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