Buongiorno, notte (2004)

de Marco Bellocchio

avec Maya Sansa, Roberto Herlitzka

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE

A Rome, en 1978, Chiara, jeune terroriste engagée dans la lutte armée, est impliquée dans l'enlèvement et la séquestration d'Aldo Moro. A travers ses yeux, nous voyons se dessiner l'univers complexe des "années de plomb". Sa foi absolue dans la révolution l'emprisonne dans les rituels de la clandestinité.
En contrepoint, elle mène une vie au grand jour, un quotidien ordinaire : le boulot, le bureau, les collègues et un petit ami qui semble la connaître si bien, si pleinement, mieux qu'elle ne se connaît elle-même.
Elle s'accroche à des émotions infimes que l'idéologie et la lutte des classes battent continuellement en brèche. En conflit avec les autres membres du groupe, elle se sent de plus en plus mal à l'aise dans son rôle de combattante, tandis que le passé et le présent ébranlent ses certitudes.

MA CHRONIQUE

Loin d'être une plate illustration cinématographique d'un fait marquant de l'histoire politique italienne contemporaine ou encore un pamphlet révélant un nouveau point de vue ou une version polémique du type JFK, ce film évoquant les 55 jours de la séquestration d'Aldo Moro par les Brigades Rouges en 1978 est une touchante et bouleversante plongée dans l'inconscient d'une des terroristes et au delà, de l'inconscient collectif italien, voire européen.

L'aspect politique est délaissé au profit de l'aspect humain et quasi psychanalytique de l'affaire. Il démontre comment les convictions ne sont en fait que des idéologies assimilées et implantées quasiment par le biais du bourrage de crâne.

La vraie conviction- à savoir celle de libérer Aldo Moro car c'est tout simplement un homme, qui plus est un humaniste d'après ce qui transparait dans le film et dans le regard de l'acteur qui l'incarne- est indicible, non formulable à l'aide de mots et du coup, elle ne parvient pas à la conscience des membres du commando. C'est Marco Bellocchio, qui, par sa mise en scène, fait surgir cette vraie conviction en dissociant la réalité de Chiara et ses rêves et son inconscient appuyés par une bande son puissante (Pink Floyd notamment)

Au delà de l'affaire, Bellocchio dénonce les fondations de la société italienne ( la religion toute puissante, la famille, la prédominance masculine) dont l'affaire Aldo Moro et toutes les "années de plomb" ne sont que des symptômes. il montre comment l'homme est littéralement happé par les "idées", comment celles-ci lui échappent et comment au lieu de servir l'humanité et son progrès, elles sont facteur de régression et de barbarie.

Il invite à considérer avant toute idée l'humain. L'humain est incarné par cet Aldo Moro libre, errant dans les rues, humant l'air sans but précis. L'acte révolutionnaire ultime aurait été de libérer Moro sans aucune contrepartie comme le rêve Chiara. Au lieu de cela, la télé diffuse les funérailles et l'entrée pathétique du pape sur son trône dans l'église remplie de sinistres membres de la classe politique italienne. La religion -chrétienne, officielle, et révolutionnaire -triomphe encore aux dépens de la révolution authentique. PC

retour films

retour loisirs

retour accueil