Casino (1995)

de Martin Scorcese

avec Robert De Niro, Sharon Stone, Joe Pesci, James Woods

LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE

 

Selon Nicholas Pileggi, co-scénariste du film, « Casino retrace l’ascension et la chute d’un directeur de casino. C’est un film sur le jeu, l’argent, le Rêve américain. Une histoire authentique et fascinante sur des hommes qui jouirent pendant quelques années d’un immense pouvoir. » Un sujet en or pour Martin Scorsese, cinéaste que la puissance, en tant que revers irrémédiable de la perte de soi, a toujours fasciné.

Le personnage central de Casino n’est pas Sam Ace Rothstein (Robert De Niro), le gérant du casino. Ni Nicky Santoro (Joe Pesci), le malfrat mégalomane, toujours au bord de l’explosion. Pas davantage Ginger McKenna (Sharon Stone), flambeuse avide d’argent. Le personnage central est Las Vegas. A travers lui, Martin Scorsese peut poursuivre la quête mystique qui hante son œuvre depuis Taxi driver. Il fait de ce paradis à première vue éblouissant un véritable enfer sur terre, où l’amour s’achète, où le moindre faux pas peut précipiter dans le gouffre. Derrière les illuminations, derrière le champagne, derrière les feux d’artifices, la surveillance totale, la corruption à tous les niveaux, l’argent qui circule et s’évapore. Le casino est une gigantesque machine que personne ne peut contrôler, pas même ceux qui le dirigent. Au cœur de cette jungle impitoyable, le cinéaste crée une sensation de vertige, au moyen d’une surabondance d’informations divulguées par une voix-off omniprésente qui, plutôt qu’elle n’éclaire, étourdit. A l’aide d’une caméra d’une grande virtuosité, toujours en mouvement, chaque recoin du grand établissement de jeux est exploré sur un rythme effréné. Impossible de ne pas perdre pied ; dès lors, reste à accompagner les trois personnages principaux dans leur chute inexorable. A aucun moment nous n’éprouvons de réelle sympathie pour Sam, Nicky et Ginger. Mais ils paient cher leurs excès, trop cher sans doute. Martin Scorsese a expliqué : « Que vous les aimiez ou non, ils furent des êtres humains, et je considère ce qui leur arrive comme une tragédie. » Mais il convient de souligner que cette tragédie personnelle, individuelle, épouse celle du pays tout entier. L’explosion de Las Vegas, dans les années soixante-dix, coïncide avec la fin de la guerre du Viêt-Nam et une perte de confiance nationale. Film sur la fin d’une ère, Casino est un opéra flamboyant et terrible, qui s’ouvre et se conclut avec la Passion selon St Jean, de Bach, comme l’expression d’un paradis perdu. AV

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