Le gone du chaâba (1997)

de Christophe Ruggia

avec Bouzid Negnoug, Nabil Ghalem, Galamelah Laggra, Kenza Bouanika, Kherredine Ennasri

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE

Dans les annees soixante, une vingtaine de familles ont fui leur village algerien d'El-Ouricia, poussees par la pauvrete ou la guerre. Refugiees au Chaaba, un bidonville francais, elles se confrontent au dur apprentissage de l'integration. Au travers de differents destins qui, chacun a sa maniere, retracent l'itineraire complexe de cette immigration, cette histoire s'attache au parcours d'Omar, neuf ans, dechire entre ce petit morceau d'Algerie et la France.

MA CHRONIQUE

Voilà un grand sujet, rarement, si ce n'est jamais, traité à ma connaissance au cinéma. Loin d'en faire un film polémique ou sociologique ou encore un plaidoyer ou un pamphlet, Ruggia le traite à hauteur d'homme. C'est le portrait d'une communauté aux prises avec son déracinement, la misère, l'espoir, les désillusions, son identité dans une république française incarnée ici par le maître d'école (François Morel) pleine de bonne volonté mais maladroite pour ne pas dire franchement à côté de la plaque.

Dans ce microcosme et ces conditions extrêmes, pourtant, les hommes ne sont pas meilleurs ni pires qu'ailleurs. Ils demeurent dignes et expriment au mieux leur humanité.

Fiction bien documentée, ne cherchant en aucun cas à plaquer un discours tout fait ou une théorie toute faite sur l'intégration, elle offre au spectateur tous les éléments humains sur lesquels s'appuyer pour bâtir sa propre réflexion.

Emouvant mais pas larmoyant, simple mais pas simpliste ni simplifié, ce film applique dans le fond et dans la forme la maxime de la leçon de morale quotidienne inscrite au tableau par le maître selon laquelle il vaut mieux écouter plus et parler moins étant donné que l'on a deux oreilles et une seule langue. Le film ne juge personne, n'accuse personne mais il donne chair et âme à ce qui fait souvent l'objet de conversations et débats désincarnés, théoriques, abstraits ou idéologiques.

Au total, Ruggia nous livre un film dénué de rage, de violence et de désespoir pour traiter un sujet qui s'y prêterait pourtant volontiers. Et on peut regretter le fait que le réalisateur semble hésiter entre deux voies : transcender la misère insupportable et miser à fond sur une vision poétique du bidonville ou montrer crûment la dure et inhumaine réalité. Cette hésitation se traduit par une forme conventionnelle. Cette hésitation est sans doute le ressenti du réalisateur ou plutôt de l'auteur -devenu écrivain et chercheur au CNRS- du livre dont s'inspire le film (et qui est en fait le petit Omar du film).

Voilà ce qui fait à la fois la force (nuance du propos) et la faiblesse (refus de s'engager) de ce film qui privilégie l'humain et insuffle de la poésie ici et là mais qui aussi revêt un caractère parfois consensuel et ressemble un peu à un mélo social édulcoré louant les vertus des livres pour s'en sortir. Mais ce n'est pas une apologie de l'éducation comme moyen d'ascension sociale car il ne s'agit pas des livres scolaires mais des livres, du rêve, de la poésie comme moyen de transcender la réalité et de s'élever humainement. PC

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