Retour à Cold Mountain (2004)
de Anthony Minghella
avec Jude Law, Nicole Kidman, Renee Zellweger, Natalie Portman, Jack White

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE
Dans une Amérique déchirée par la guerre de Sécession, un
homme et une femme vont accomplir l'un vers l'autre le plus
extraordinaire des voyages. Fille de pasteur, Ada a consacré
toute sa jeunesse à la musique, aux arts et au bien-être d'un père
veuf, qu'elle aime plus que tout au monde. Simple ouvrier, Inman
est un homme farouche, avare de paroles, étranger à la société
policée, pétrie de culture et traditions sudistes, dont
s'entoure Ada.
Un simple regard, quelques mots maladroits, un baiser volé à la
veille de partir au front, suffiront pourtant à leur inspirer un
amour absolu, où Ada et Inman puiseront la force et le courage
d'affronter la séparation, la solitude, la misère, et les plus
cruelles épreuves de la guerre...
LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE
Les hommes marchent beaucoup chez Minghella. Dans Le Patient anglais, Ralph Fiennes traversait le désert pour rejoindre Kristin Scott Thomas. Dans Retour à Cold Mountain, Jude Law sillonne les Etats-Unis pour retrouver sa bien-aimée Nicole Kidman. Mais les plaines enneigées se révèlent moins enthousiasmantes que les dunes du Sahara. Force est de constater que Minghella ne renouvelle pas ici le miracle du Patient anglais, flamboyante résurrection du drame romanesque. Pourtant, Retour à Cold Mountain semblait réunir les ingrédients idéaux : une histoire damour qui déplace les montagnes, un couple à faire pâlir démotion des salles entières Nicole Kidman pour les messieurs, Jude Law pour les dames enfin, un réalisateur doué qui a toujours fait ses preuves jusquici. Mais lalchimie ne se produit pas. La faute, peut-être, à un scénario qui joue trop sur le montage parallèle, et manque de temps forts. Dune part, les hommes au combat ; de lautre, les femmes qui sorganisent comme elles peuvent en leur absence. Dun côté, Jude Law qui traverse le pays pour retourner à Cold Mountain ; de lautre, Nicole Kidman qui mène sa ferme en attendant son retour. De fait, le couple se retrouve séparé tout au long du film et Minghella échoue à les unir dans leurs épreuves respectives. Chacun affrontant ses difficultés de son côté, les amoureux manquent totalement de communion. A cela sajoute lembarras évident de Minghella face à son histoire damour. On sent bien quil est tenté de quitter le premier degré de la passion pour saventurer sur le terrain moins romantique des illusions. Est-ce bien par amour quAda et Inman surmontent toutes ces épreuves en pensant lun à lautre ? Nest-ce pas plutôt pour saccrocher à quelque chose, même si ce but en lui-même importe peu ? Dès le générique, qui associe les montagnes de Cold mountain à de leau mouvante, le réalisateur annonce cette ambiguïté. Il ne trouvera jamais le courage de lâcher son histoire damour pour explorer ces terrains plus troubles. On aurait pu également attendre de lauteur du Talentueux Monsieur Ripley un questionnement sur la sexualité refoulée, qui elle aussi hante le film tout entier. Toutes ces femmes, si nombreuses, qui se retrouvent privées de leur mari, de leur amant, comment supportent-elles cette absence physique ? Mais là encore, Minghella cherche à préserver son histoire damour idéalisée, et ne développera ce thème de la frustration quau travers dun personnage secondaire Natalie Portman, dont la surprenante performance est passée trop inaperçue. Dès lors, reste cette passion qui malheureusement ne rivalise pas avec les déchirements du roman dEmily Brontë, Les Hauts de Hurlevent, quAda lit à voix haute dans le film. Il faut dire que si Nicole Kidman se révèle frémissante à souhait, Renée Zellwegerse lance dans un cabotinage peu convainquant, et Jude Law, manifestement embarrassé de jouer les jeunes premiers, hésite à sabandonner. Même Gabriel Yared, compositeur fétiche de Minghella, sest déjà montré plus inspiré. Au final, un manque de lyrisme évident, pour un film qui nest toutefois pas dénué de qualités : scènes de batailles assez saisissantes, seconds rôles excellents outre Natalie Portmandéjà citée, Philip SeymourHoffman, Eileen Atkins, Donald Sutherland. Nironisons pas trop sur les envols de colombes et des corbeaux comme signes prémonitoires. Même les plus grands réalistaurs peuvent avoir des passages à vide. Avec Retour à Cold mountain, Anthony Minghella a manifesté une ambition qui, si elle savère insuffisante, nen demeure pas moins louable. Sa guimauve a le mérite de ne pas se montrer trop sucrée. Simplement, elle ne donne pas envie. AV