Le coût de la vie (2003)

de Philippe Le Guay

avec Vincent Lindon, Fabrice Luchini, Géraldine Pailhas, Lorant Deutsch, Isild Le Besco

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE

Une héritière qui n'arrive pas à hériter, un radin qui ne peut rien dépenser, un petit garçon qui trouve un billet dans la rue, un restaurateur prodigue qui ne fait que donner... Tels sont, entre autres, les personnages de ce film "choral".
Pourquoi certains dépensent-ils de manière convulsive là où d'autres retiennent l'argent comme la partie la plus vitale de leur être ? On croit parler d'argent, mais c'est d'amour dont il s'agit.

LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE

En ces temps où l’argent fait marcher le monde, Philippe Le Guay – c’est tout à son honneur - empoigne le sujet à bras le corps et en fait le centre même de son nouveau film. L’argent n’achète pas tout ? Peut-être, mais il fascine. D’où cette envie du réalisateur de décliner tous les rapports que nous avons avec lui. Il y a donc celui qui ne sait pas donner et celui qui ne sait pas recevoir. Ceux qui n’en ont pas et le gagnent comme ils peuvent. Ceux qui en ont et cherchent autre chose, soit en le rejetant, soit en l’acceptant. Et tout ce petit monde de se battre pour tenter que cela change. Malicieusement, le dialogue est truffé d’expressions toutes faites mais qui renvoient directement à notre préoccupation principale : « je ne donne pas cher de ta peau », « à deux balles »… Il est moins subtil lorsqu’il s’agit de mettre en scène les six personnages principaux, qui échappent difficilement au stéréotype et manquent de profondeur. Un peu décevant de la part du réalisateur du très beau Trois huit. Non pas que le genre comique soit inférieur au drame. Mais Trois huit possédait une ambiguïté, un trouble, et sortait réellement des sentiers battus. Le Coût de la vie, lui ne s’en écarte guère. Indéniablement très agréable à regarder – d’autant plus que les acteurs sont excellents – il ne pose pas de véritable interrogation sur le problème de l’argent. Au-delà des caractères fermement campés, point de réflexion globale, point de prise de position. Du coup, on reste sur sa faim. Et si certaines scènes sont très drôles, l’émotion ne pointe jamais. Manquent au Coût de la vie, film choral avant tout, l’humanité qui transcendait Magnolia de P.T. Anderson et l’ironie cruelle qui ciselait Gosford Park de Robert Altman. L’autre problème est que les personnages font du surplace et n’évoluent pas d’un pouce au long du film, ce qui par moments entraîne une baisse de rythme. Le Filles uniques de Pierre Jolivet était peut-être invraisemblable, mais en émanait une énergie qui emportait tout sur son passage.

Une exception pourtant. Deux personnages échappent au stéréotype figé, se cherchent, évoluent, émeuvent. Il s’agit du couple Fabrice Luchini-Géraldine Paihas. Le premier, radin pathologique incapable d’offrir quoi que ce soit. La deuxième, call-girl de luxe sans états d’âme, qui vend du plaisir, s’en va et ne s’attache pas. Contre toute attente, entre ces deux-là naît quelque chose. De l’amour ? Pas exactement. L’envie, simplement, de (se) guérir. Et la call-girl apprend au radin à dépenser. Pas pour profiter de l’argent, elle en gagne comme elle veut. Pour l’aider, simplement. Parce qu’elle a eu pitié de lui. Et finit par vraiment y croire, à ce voyage en Italie. Glissement de position insensible, subtil, mais qui conduit le personnage de Fabrice Luchini à s’en sortir. Que ressortira-t-il de cette relation étrange, incongrue ? Rien, peut-être. Mais au moins, ils auront progressé. Il aurait fallu aux quatre autres personnages du Coût de la vie un parcours semblable. Mais pour la bouille ahurie de Luchini et la sensualité de Géraldine Paihas, on peut jeter un œil sur ce film qui, à l’heure qu’il est, a connu un joli succès en salles. Qui a dit que l’argent ne faisait pas le bonheur ? AV

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