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ETIENNE DAHO corps et armes 2000 "Etienne Daho, à son sommet de lyrisme, regarde finalement le soleil dans les yeux[...] peu de tissu, mais des étoffes nobles [...] revivre le frisson des balades d'été sur la plage[...] les confidentes idéales à la fois des coups de foudre et des coups de grisou [...] nous faire bouffer de la guimauve sans qu'on s'en aperçoive, tout simplement parce qu'il a su en changer l'emballage au fil des ans, gommer les grosses ficelles et mettre à nu le nerf de force mélancolique qui gouverne ces ritournelles [...] s'assoit devant un ensemble de cordes et imagine de nouveau la chanson française. Miossec ascète et esthète revu par John Barry? Aznavour chanté par Françoise Hardy? (les inrockuptibles) "On commence par le piano et les guitares , mais c'est toujours la mélodie qui prime; on fait les arrangements autour de ma voix; c'est un album de chansons , sans aucune prétention d'être le plus juste et touchant possible" (Etienne Daho) |
"Porté par l'allégresse, / et la douceur de vivre, / de l'été qui commence"
"Ces instants fragiles sont emplis d'espoir"
"Comme un dragon de feu / qui transperce les étoiles / réinsuffle la vie et la déraison / équilibre les contraires"
"En toi, l'eau dans le désert / en moi, le sage et le fou / vont apprendre à ne plus vivre seuls"
"En partant tu emportes le meilleur de moi-même"
"Ce brasier qui ne s'éteint pas/ que vive la flamme, que vive la flamme!"
MA CHRONIQUE:
Classe et humble à la fois, le nouvel opus d'Etienne Daho nous fait naviguer en état d'apesanteur, entre deux eaux, toujours en équilibre précaire sur un fil émotionnel qui vacille entre les hauteurs et le sol sans que jamais l'on ne tombe. Cet album invite à l'abandon total rendu possible par une "confiance sereine" mais lucide. Dans cet album on s'endort, on nage, on part, on apprend, on prend son élan, on roule: on est toujours dans le processus et jamais à la fin, au bout ; on s'accomplit dans le désir sans cesse renouvelé et dans l'incertitude , le doute , la fragilité de l'instant et c'est cela qu'il s'agit d'entretenir et que ce disque parvient à faire. D'où une impression générale de grande sérénité, de bien-être, de volupté et de sensualité portée par la voix merveilleuse d'Etienne Daho (et ce n'est pas de l'ironie) toute de retenue, de modestie et d'humilité et qui navigue avec une autorité bienveillante sur les flots paisibles de cette symphonie cohérente avec ses mouvements, ses effets de miroir, ses ruptures indisssociables des échos et des résonnances amenés par les textes et la musique.
L' Ouverture nous invite à partir à l'aventure pour se découvrir soi-même à travers le récit poétique et inspiré d'une rencontre amoureuse, du début d'une histoire d'amour. Le texte, comme beaucoup dans cet album est très beau. La voix donne le ton dès ce morceau en étant assurée et douce, bien posée et s'imposant tranquillement: Daho chante très bien! La musique s'ouvre progressivement, tout se met en mouvement, la lumière pointe et le soleil entame sa courbe ascendante jusqu'à son arrivée au zénith à la fin du morceau. Daho se sent bien , voit la mer à Paris, est amoureux et nous aussi! Le rythme de Le brasier un peu Motown , teinté d'easy listening, assez enlevé m'évoque un funambule qui cherche son équilibre joyeusement avant de se lancer dans le refrain et de s'embraser dans une féérie magique. Le texte parle d'entretenir le feu, de faire en sorte qu'il ne s'éteigne pas même si parfois il s'affaiblit de façon à être prêt et disponible à tout instant pour l'embrasement. L'ambiance lyrique à la Gainsbourg entraine Rendez-vous à Vedra, chanson enlevée, dans une euphorie où le danger se tapit dans les ombres, menaçant. Il chante le danger enivrant de l'amour fou, la destruction sous-jacente mais le morceau maintient l'équilibre précaire par sa simple volonté et sa conscience du danger. Corps et armes ,chanson langoureuse qu'Obispo aurait aimé écrire et sans doute souligner au marqueur les beautés, est une chanson qui évoque une capitulation douce et salvatrice. L'amour fait voler en éclats les défenses qui emprisonnent et permet de se découvrir, de vagabonder à découvert et de se sentir bien. Libérés, on peut se mettre à l'eau pour La nage indienne , chanson cool, ensoleillée, aquatique et colorée qui nous baigne dans un monde merveilleux évoqué par l'instrumentation riche mais légère (orgue, piano, cordes, etc...) Les sens sont en éveil. Le texte est peut-être une métaphore sur le rôle de l'amour , sa fonction d'aide à la survie. Il plonge pour sauver son amour de la noyade mais il ne panique pas: il savoure , il goûte de tous ses sens le parcours aquatique . Les hauts et les bas de la vie et l'amour sont sublimés dans cette chanson qui oscille entre les fonds et la surface de l'océan mais il n'y a pas d'antinomie: les deux sont merveilleux et reliés , unifiés par la force de l'amour. Cette chanson dégage un optimisme communicatif. Dans les mauvais choix il chante les conflits et la difficulté d'aimer. Le texte quelque peu désabusé est contrebalancé par une mélodie qui donne l'impression que cette difficulté-là est acceptée, intégrée et par conséquent dépassée.Une étape est franchie dans l'acceptation de l'amour et son appréhension puis sa compréhension. On sent qu'on est à la fin d'une relation mais ce n'est pas grave. Il fait de ce moment de la relation un moment aussi beau et intense que la rencontre à vivre pleinement. L'année du dragon résume et synthétise cette vue d'ensemble de la relation amoureuse sur une musique empruntée à Carly Simon comme frappée par la grâce. Make believe un peu trip-hop, soul, funky , langoureux et hypnotique est un duo en anglais très cool. Il m'évoque une dernière soirée en ville, en boite, avant les deux chansons suivantes qui traitent des adieux. A commencer par La baie , chanson qui fait penser à la variété un peu soul de l'idole Françoise Hardy dont les couplets sont en alexandrins s'il vous plaît pour évoquer des adieux très sereins car si l'un part, l'amour reste, quelquechose en reste: "En partant tu emportes le meilleur de moi-même". La gravité de l'instant est retourné en instant signifiant et essentiel de la relation. Dans La mémoire vive il repart vers d'autres aventures, émotions nouvelles, enrichi de celle qu'il vient de vivre. La chanson glisse imperceptiblement de la nostalgie à un nouvel élan. Il tourne une page d'un livre qui en contient d'autres à écrire soi-même. San Antonio de la Luna convoque électronique et orchestre de cordes sur un texte qui annonce l'entrée dans "l'été sans fin". Les cordes sont quelque peu menaçantes comme pour signifier que cette disponibilité totale est à la fois excitante et inquiètante. Le titre se referme et referme l'album avec les mêmes violons qui ont ouvert l'album comme pour fermer la boucle et montrer qu'on ne s'est pas égaré et que c'est un éternel recommencement. L'équilibre est maintenu.P.C.