![]() |
EELS daisies of the galaxy 2000 "...vers la lumière d'une collection de chansons effectivement jolies[...] un disque d'expérience et de retour à la vie [...] E mêle folk-rock jazzy, country-pop à violons, post-grunge cotonneux-des styles qui ont toujours porté un voile de regrets- et les parsème de petits arrangements rigolos[...] c'est aussi le plaisir de jouer qui apparaît [...] le plaisir de délayer des airs d'enfance dans un grand bain de musique adulte " (les inrockuptibles) |
Today is a lovely day to run / Start up the car with the sun
Packing blankets and dirty sheets / A roomful of dust and a broom to sweep up / All the troubles you and I have seen
Well I don't know where I'm gonna be next/ I don't care where I'm gonna be
Look at all the people like cows in a herd / Well, I like / Birds
No shoes on my feet / And I stumble on / A daisy through concrete
Airplane is flying up in the sky / Making a pattern / With the white lines / Looks like a heart / Or maybe a pie
Oh, to be one single page / One single page / in Jeannie's diary
MA CHRONIQUE:
La sensibilité à fleur de peau du chanteur E transpire sur cet album, recueil de chansons pop-rock acidulées très bien construites et aux mélodies finement soignées qu'on a envie de siffler sous la douche. E, marqué par le cancer de sa mère et le suicide de sa soeur nous offre , après le très déprimé Electroshock blues, un album plus coloré et vivant, pas forcément hyper drôle et gai mais tout au moins positif. La mort est présente, certes, mais la dépression est derrière , le deuil se fait et laisse la place au chagrin, aux souvenirs et à la vie.
Grace Kelly blues commence par une fanfare qui joue une sorte de marche funèbre puis la guitare acoustique et la batterie impriment le rythme du retour à la vie et de la chanson. La chanson est légère, sautillante, enlevée, les cuivres discrets et l'orgue réchauffe. Des guitares country l'enrobent avec douceur. Puis la fanfare revient un peu plus rapide et plus festive. Beaucoup de respirations, de pauses aèrent la chanson. E , devant notre inquiétude, nous rassure d'entrée dans cet album: "I think, you know, I'll be okay". Packing blankets est l'expression d'une volonté de légèreté, de voir le soleil. L'orgue, en fond, évoque la persistance du chagrin et de l'histoire douloureuse mais les sons de clochettes, la rhythmique allègre montrent que peu à peu l'espoir renaît sans pour autant refouler et oublier. E fait le grand ménage de printemps dans sa tête et sort chanter "la la la la la la ". The sound of fear nous accueille avec une ligne de basse et des drums et un orgue qui donnent le rythme à cette chanson assez dansante et entrainante. E n'est plus seul et une voix féminine l'accompagne dans quelques couplets. La chanson s'emballe avec un solo de guitare frénétique sur une mer d'orgue au milieu de la chanson avant de revenir pour le final dans une sorte d'ivresse et de griserie, comme pour exprimer l'envie de foncer, d'aller de l'avant en ignorant la peur. La pochette bucolique illustre l'ambiance de I like birds où l'on entend même le bois de la guitare acoustique que E tapote joyeusement comme le moniteur de colo le soir à la veillée autour du feu. E siffle et se laisse emporter par des voix ou voies célestes pour s'élever au dessus des préoccupations bassement matérielles et de l'orgueil vain de ses semblables. Daisies of the galaxy, le titre suivant , concentre toute l'ambivalence de la tonalité générale de l'album: l'intro à la guitare électrique lente et la voix lancinante de E ainsi que les sanglots longs des violons nous pénètrent de tristesse. Mais en même temps le rythme de balancement nous entoure et nous enveloppe dans des limbes célestes douces et bienfaisantes. Flyswatter est un petit délire à la Yellow Submarine avec une multitude de sons en nettement plus rock qui s'appuie sur un rythme assez rapide et une batterie que l'on n'épargne pas. Il y a beaucoup de ruptures de rythmes, de reprises. Par moments on dirait une BO de dessin animé de Tex Avery. Ce titre contraste avec la gravité de it's a motherfucker qui nous installe dans un climat très mélancolique avec son intro piano-violons. E chante l'absence de l'être aimé et la solitude avec des paroles très explicites qui contrastent avec les textes habituellement plus imagés et hermétiques. Mais ceci remplit sans doute une fonction cathartique car il ose enfin chanter son chagrin, s'épancher, dire qu'il a le coeur gros et ça fait du bien, ça soulage. Et il accepte que "I won't ever be the same". Estate sale est une intériorisation et l'expression du travail de deuil. L'unique texte ("These are the sounds of days that are past") est fondu dans un bain de sons du passé (craquements type vieux vinyl, chants d'oiseaux, brouhaha de foule et cris de jeux d'enfants) ponctué de 3 notes de piano pleines de mélancolie qui seront reprises plus loin par la basse. Place est faite au titre le plus franchement et ouvertement gai de l' album: Tiger in my tank est rapide, l'orgue se lâche et s'éclate, les instruments les plus gais ont été convoqués, les textures musicales et le rythme sont rompus puis repris pour un texte où les images les plus délirantes se bousculent. Belle métaphore que ce titre: A daisy through concrete! Dans une ambiance et un rythme jazzy -on pense aussi à Beck de Mutations-.E observe la vie , le monde et sa beauté (cachée tout de même!) Un orgue joueur virevolte autour de E avec espièglerie.Dans Jeannie's diary au rythme régulier et serein E retrouve la capacité d'un bonheur immédiat, instantané, même si éphémère, la capacité d'aimer sans souffrir (même si cet amour est à sens unique). Les Beatles ne sont pas loin , notamment en ce qui concerne le travail des harmonies vocales et le chant tant "lennonien" que "mac cartneysien". Wooden nickels prolonge cet état de bien-être et de sérénité avec sa construction impeccable, sa superbe mélodie et l'entrée en scène progressive des instruments couronnée de belles envolées de violons. Something is sacred est ancrée dans la réalité pas très belle et engageante et E nous signifie qu'il ne succombe pas à la béatitude et la naïveté mais il affirme que le bonheur y est possible et surtout l'amour: "And as the world will blow to bits / I'll cradle you and hold you tight". Piano et voix haut perchée de Selective memory évoquent les souvenirs qui restent mais qui sont la survivance de l'être perdu, son existence.
L'album se termine avec un titre non mentionné dans le livret du cd, une chanson à l'énergie revigorante et qui lâche ce cri d'espoir et de vie: "it's a beautiful day". Ce titre a la vigueur du rock des Beatles et notamment le Twist and shout et c'est une invitation à sauter partout, courir dans tous les sens , faire des galipettes. P.C.