Eyes wide shut (1999)

de Stanley Kubrick

avec Tom Cruise, Nicole Kidman, Sydney Pollack, Marie Richardson, Todd Field

LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE

 

A sa sortie, en 1999, Eyes Wide Shut suscita, pour une large part, perplexité et incompréhension. Pourtant, Stanley Kübrick était déjà entré au panthéon du cinéma avec des chefs d’œuvre tels que 2001 : L’Odyssée de l’espace, Barry Lyndon ou Shining. Mais il n’était pas dit que les films de Kübrick rencontreraient un jour une approbation immédiate, et Eyes Wide Shut, comme presque tous ses prédécesseurs, dû attendre quelques années avant d’être reconnu à sa juste valeur.

Bill Hartford (Tom Cruise) et sa femme Alice (Nicole Kidman) mènent la vie banale d’un jeune couple new-yorkais. Aussi, lorsque Alice révèle à son mari ses fantasmes adultères, Bill, dévoré par cette troublante confession, cède à la jalousie et au jeu de la tentation. Il entame alors un périple nocturne où ses obsessions le mènent en des lieux étranges et mystérieux… Bien qu’adapté d’une nouvelle d’Arthur Schnitzler, le film s’inscrit parfaitement dans l’univers de Kübrick, qui traque, une fois de plus, l’élément perturbateur, le grain de sable qui fait dérailler la machine. Ainsi, il suffit d’un rien, d’une petite confession lancée en fumant un joint, pour que le vernis des apparences éclate en morceaux, et laisse place au chaos. Bill croit maîtriser ses actions, mais il n’est que le pantin d’une aventure effrayante qui le dépasse. C’est ainsi que le cinéaste instaure un jeu sur les formes géométriques – triangle, cercle – dont les règles échappent en grande partie au spectateur, lequel se retrouve aspiré dans la même spirale que le personnage. Hartford ne sortira pas indemne de cette ronde des fantasmes dans laquelle il s’est jeté "les yeux grand fermés". Sa trajectoire ressemble à une ligne de fuite sans fin, que traduisent de manière hypnotique les longs travellings qui parcourent tout le film.

Dès lors, il devient évident que la fameuse scène de l’orgie qui fit couler tant d’encre importe peu ; le véritable enjeu du film est ailleurs. Il est dans ce voyage au bout de lui-même qu’accomplit Bill en une nuit, dans un New York méconnaissable dont on a trop peu parlé. Eyes Wide Shut est à l’image de la vision que nous livreKübrick de la cité : décalée, étrange, fantasmagorique. Sorti il y a à peine quatre ans, ce brillant cauchemar ne cesse de surprendre par son aspect abstrait et hors du temps. Voilà sans doute pourquoi le « testament » du Maître est un grand film.  AV

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