Frida (2002)
de Julie Taymor
avec Salma Hayek, Alfred Molina, Diego Luna, Geoffrey Rush, Ashley Judd

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE
Frida retrace la vie mouvementée de Frida Kahlo, artiste peintre mexicaine du XXe siècle qui se distingua par son oeuvre surréaliste, son engagement politique en faveur du communisme et sa bisexualité. Le film se concentre également sur les relations tumultueuses de Frida avec son mari, le peintre Diego Rivera, et sur sa liaison secrète et controversée avec Léon Trotski.
LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE
La vie de Frida Kahlo, peintre mexicain, est de celles qui semblent destinées pour le grand écran. Une vie entière passée sous le signe de la souffrance, ponctuée par un terrible accident de tramway qui la laissa longtemps paralysée, de multiples opérations, toutes plus douloureuses les unes que les autres, et l'amputation de ses orteils. Un caractère hors du commun qui refusa le sage rôle de mère au foyer pour se lancer dans la peinture, sans attendre aucune autre reconnaissance que celle de son propre pays. Enfin, une amoureuse passionnée, à la beauté célèbre, qui vécut des relations tumultueuses avec le peintre Diego Rivera et entretint des liaisons avec des femmes comme avec Léon TROTSKI. De quoi faire non pas un, mais plusieurs films ! Pourtant, Julie TAYMOR et Salma HAYEK, par ailleurs productrice, ont tenté de tout rassembler en deux heures. Le résultat est cohérent, mais reste, hélas, extrêmement convenu. La réalisatrice, malgré tous ses efforts, fait moins revivre Frida quelle ne nous livre qu'une biographie bien léchée. Ainsi, elle nous montre d'abord la vision de son héroïne à la fin de sa vie, avant de remonter dans le temps et suivre sagement la chronologie. Peut-être, pour une existence aussi riche, eût-il été préférable d'égarer davantage le spectateur... Mais le reproche majeur que l'on peut formuler à l'égard du film, c'est qu'il rend finalement l'anticonformisme de Frida Kahlo très conventionnel. Manifestement, la réalisatrice a voulu que nous nous identifions à cette femme exceptionnelle. Du coup, elle se refuse à l'isoler, à la marginaliser, et chaque coup d'éclat de Frida -dont le plus marquant demeure probablement son tango féminin - apparaît naturel et dans la norme de toute bonne héroïne qui se respecte. Il aurait fallu oser l'étrangeté et l'incompréhension... Elles sont effectivement présentes ; non chez Frida, mais dans le personnage de Diego Rivera. Le peintre est parfois odieux, méprisable, mais il échappe réellement à toute classification, Ainsi, les scènes où il est présent sont les meilleures. Le film bénéficie également de seconds rôles convaincants tels que Geoffrey Rush, Ashley Judd ou Valeria Golino. De la belle ouvrage, assurément, ponctuée de tentatives audacieuses de la part de la réalisatrice, mais qui passe probablement à côté de l'essentiel. A de nombreuses reprises nous pouvons voir Frida Kahlo, peignant ses tableaux d'après le reflet d'elle-même que le miroir lui renvoie. Sans doute pour comprendre sa personnalité hors du commun, vaut-il donc mieux se replonger dans sa peinture - une peinture sans concession, glaçante, où chaque souffrance est mise à nu, le tout baignant dans une ironie amère que le film, trop sincère et trop admiratif, n'a pas su rendre. « Un ruban autour d'une bombe », disait André Breton de son art... Dans Frida, hélas, la bombe reste dissimulée sous le ruban...AV