Un frisson dans la nuit (1971)
(Play Misty for me)
de Clint Eastwood
avec Clint Eastwood, Jessica Walter, John Larch, Donna Mills

PRESENTATION DU FILM SUR LE SITE DE CINECINEMA
Animateur
d'une petite radio locale, Dave Garver, délaissé par son amie
Tobie, accepte les avances d'une auditrice, Evelyn, qui lui
demande toujours de passer la même chanson. Pour lui, ce n'est
qu'une aventure d'un soir mais son admiratrice ne l'entend pas
ainsi...
Premier film de Clint Eastwood, "Un frisson dans la nuit"
s'avérait un début prometteur qui devait se confirmer par la
suite.
MA CHRONIQUE
On peut voir dans ce film un réquisitoire contre l'ordre moral qui ne serait en fait qu'hystérie s'attaquant à des gens biens , soucieux de leur bien-être mais aussi de leur prochain. On peut aussi interprêter ce film comme une métaphore sur la difficulté pour un homme à "se ranger" comme on dit après une jeunesse d'insouciance et de conquêtes féminines sans lendemain. Une multitude d'interprêtations est envisageable.
Cela aurait pu être une comédie car le scénario se prête à des situations cocasses et vaudevillesques avec la femme un peu trop encombrante et qui crée des quiproquos dignes des pièces de boulevard. Mais c'est un excellent thriller, captivant et effrayant jusqu'à l'ultime minute, mais un thriller dans lequel le réalisateur adopte la proposition inverse aux thrillers traditionnels: ici, en effet, il ne s'agit pas d'un équilibre menacé par l'intrusion d'une quelconque force maléfique mais la menace se pose sur un homme à la recherche d'un équilibre. De plus, la force nuisible et maléfique n'est pas surnaturelle ni criminelle a priori mais il s'agit d'une fidèle auditrice de ce DJ radio qui, après une nuit d'amour avec l'idole médiatique, va devenir trop accro au point de passer si vite dans un délire possessif et paranoiaque. L'amour (ou plutôt ce qu'elle croit être de l'amour mais n'est en fait que fascination pour une image)peut donc tuer -voilà le propos de ce thriller non conventionnel dans lequel le danger vient de ce qu'il y a de plus quotidien : une relation intime entre deux êtres.
C'est donc avant tout un film sur l'équilibre précaire sur lequel repose la vie d'un individu. L'homme cherche constamment sa voie et celle ci se trouve sur un fil où à tout moment il peut basculer. Le personnage que joue Clint représente bien cette quête : il vit dans une maison au bord d'une falaise rocheuse battue par le vent et les vagues du Pacifique mais son intérieur est végétal. Il a besoin de se ressourcer en regardant la violence de l'océan mais il fait l'amour dans l'eau douce et au milieu de la nature reposante. Et le thriller permet de rendre cette dualité et cette menace perceptibles. Il filme la côte californienne à la fois comme une carte postale et comme une nature violente. La lumière peut être apaisante puis l'instant d'après agressive et de mauvaise augure. La violence et la folie sont tapies dans l'ombre, prêtes à surgir , dans la nature comme chez l'homme. Ces forces là peuvent s'avérer riches et créatrices mais aussi terriblement destructrices.
C'est donc un film qui va au delà de son intrigue à suspense et qui a une portée quasi métaphysique. Et c'est par les plans, la mise en scène que Clint nous fait sentir l'enjeu derrière le thriller. PC