Haute pègre (1932)

(Trouble in paradise)

de Ernst Lubitsch

avec Herbert Marshall, Kay Francis, Miriam Hopkins

Ernst Lubitsch

PRESENTATION DU FILM SUR LE SITE DE CINECINEMA

Quand Gaston, prince des escrocs, tente de détrousser la belle Lily, il ignore qu'elle fait elle-même profession de dévaliser les hommes. Chacun reconnaît en l'autre un professionnel de haut vol et ils décident de s'associer. Après quelques larcins, ils répondent à l'annonce passée par la riche Mariette Collet et se font engager à son service pour mieux la voler.

Pétillante, rythmée, délicieusement amorale et divinement raffinée, "Haute Pègre est l'un des fleurons de la "Lubitsch touch".

MA CHRONIQUE

Un pur joyau! Une comédie enlevée, rythmée, et très moderne cinématographiquement parlant. Que d'idées de plans, de montage, d'utilisation de la bande-son à une période où le cinéma ressemblait encore parfois à du théâtre filmé. Tous les ingrédients d'une bonne comédie de cinéma sont réunis (jeu des acteurs, utilisation de l'espace, répliques savoureuses, mimiques, gags , personnages antipathiques tournés en ridicule etc...)Et le tout au service d'une histoire d'une grande finesse et délicatesse.

Pourtant, il y est question de sexe, d'escroquerie et de mensonges, d'argent et de luxe. Gaston Monescu est un escroc international. Lily est une petite voleuse à la tire. Les deux se rencontrent dans un palace vénitien prétendant l'un et l'autre être baron et comtesse. Mais au cours du repas aux chandelles , ils se rendent compte de la supercherie et tombent amoureux et vont exercer leur art à Paris où une certaine Madame Collet, veuve fortunéed'un industriel du parfum est courtisée par deux prétendants en concurrence . Après lui avoir dérobé son sac lors d'une soirée à l'opéra, les deux escrocs vont lui rendre pour toucher la récompense. Gaston rejoue son numéro de gentleman à la grande classe avec madame Collet -ce même numéro qu'il avait joué à Venise avec la fausse comtesse, Lily, et madame Collet tombe sous le charme et l'engage comme secrétaire particulier.Voilà une nouvelle occasion pour les deux escrocs de s'enrichir mais cela ne va pas se passer complètement comme prévu car le désir et/ou l'amour vont s'en mêler.

Dans cette comédie, Lubitsch démontre la fausseté des apparences dans la haute société. Il se moque davantage des conventions, du vernis de respectabilité que des personnes elles-mêmes. Ce sont toutes ces démonstrations de déférence, de respect, d'admiration qui permettent la tromperie et les escroqueries. C'est là-dessus que joue d'ailleurs Gaston pour arriver à ses fins. Les personnages sont soucieux de la mise en scène et agissent comme des metteurs en scène. A cet égard, une scène est significative au début lorsque Gaston demande à un serviteur de mettre le reflet de la lune dans la coupe de Champagne au moment de la réception de la fausse comtesse. Il veut en mettre plein la vue , créer une atmosphère . Mais ce jeu finit par être dangereux et à force d'endosser différents rôles, l'escroc finit par se tromper lui-même et par se faire avoir. Il finit par rencontrer son maître es manipulation en la personne de cette séduisante veuve qui utilise son charme comme arme dans le seul but d'amener Gaston dans son lit. Et en fin de compte, chaque fois que Gaston a utilisé l'élégance et la galanterie, celle-ci s'est révélée finalement plus sincère que prévu et il aura succombé.Le charme féminin, le désir sont plus forts que tout et c'est ce qui justifie a posteriori tous les efforts galants déployés, les belles manières.

Lubitsch est un peu comme son personnage de Gaston. Il filme avec classe, élégance, finesse et tient à ajouter cette touche galante et raffinée à chaque scène.Il a le souci du beau geste tout comme son personnage principal. Ce qui est le plus délicat, c'est le fait de dire des choses sans les dire vraiment et c'est l'image et la mise en scène qui le permettent. Le désir, l'acte sexuel sont évoqués ainsi sans être mentionnés ni montrés. Finalement, pour le personnage comme pour le metteur en scène, cette classe toujours recherchée est révélatrice de vérité et de sincérité, de trouble . Quand elle est feinte, cela se voit et c'est très drôle chez Lubitsch mais quand elle est réelle et donc au service de la vérité et du plaisir revendiqué, cela se voit aussi et cela donne des scènes d'un grand romantisme et d'une grande sensualité. PC

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