Hôtel du Nord (1938)

de Marcel Carné

avec Louis Jouvet, Arletty, Annabella, Jean-Pierre Aumont

PRESENTATION DU FILM SUR LE SITE DE CINECINEMA

Pierre et Renée, un couple d'amoureux, prennent une chambre dans le modeste Hôtel du Nord, au bord du canal Saint-Martin. Ils ont décidé de se suicider cette nuit là. Pierre tire sur Renée, mais n'a pas le courage de retourner son arme contre lui. Il s'enfuit sous les yeux de Monsieur Edmond, un pensionnaire de l'hôtel, qui vit là en compagnie de Raymonde, une prostituée qui travaille pour lui. Rongé par le remord, Pierre finit par se rendre à la police. Quant à Renée, elle a survécu à ses blessures et revient chercher ses affaires à l'Hôtel du Nord, où elle se fait embaucher comme serveuse.

Quatrième long métrage de Carné, ''Hotel du Nord'' est adapté du roman de Dabit. Le film ne comporte pas réellement de personnage principal, puisqu'il est construit autour des deux couples et qu'y apparaissent bon nombre de second rôles remarquables. Entièrement tourné en studio, il s'en dégage une impression d'irréalisme et une poésie vouée au tragique.

MA CHRONIQUE

L'intrusion tragique de deux étrangers dans la vie de cette petite communauté populaire qui gravite autour de l'Hôtel du Nord au bord du canal Saint-Martin à Paris est l'occasion pour Marcel Carné de décliner ses variations sur l'amour. L'amour n'est jamais parfait :les deux seuls amants qui ont l'air de s'aimer profondément et de façon pure et idéale veulent fuir ce monde et se rejoindre dans la mort. Quant aux autres , ils sont confrontés à toutes sortes de difficultés : adultère, homosexualité mal assumée, relation difficile. Puis quand l'amour semble être là , il se révèle à sens unique. L'amour semble impossible. L'amour est une invitation au voyage mais un voyage qui ne se fera pas. Les personnages éprouvent aussi beaucoup de mal à s'aimer eux-mêmes.

Pourtant, Carné fait évoluer ses personnages au sein de ce petit peuple parisien, modeste, parfois un peu louche et voyou mais qui ne cherche qu'à aimer et à être aimé. Il nous présente une foule de personnages -secondaires par rapport à l'intrigue principale- mais qui sont l'âme de ce film. Dans leur monde bien réel et concret arrive cette histoire tragique et au romantisme exacerbé et grâce à eux, Renée -la suicidée- va reprendre goût à la vie malgré ses souffrances. Carné décrit et orchestre la rencontre de gens qui apparemment n'auraient jamais dû se rencontrer ou tout au moins n'auraient rien à se dire. Et pourtant, l'alchimie s'opère, l'étincelle jaillit et le rapprochement a lieu. A ce titre, la scène entre l'immense Louis Jouvet et la belle et fragile Annabella sur un banc la nuit est très parlante. La grandeur de ce petit peuple va s'exprimer à travers cette histoire et Carné les rend beaux et lyriques tout en les maintenant humbles et modestes.

Ceci est rendu possible par une mise en scène où aucun effet n'est gratuit et où tout est à sa place, juste comme il faut, au service de l'histoire et pourtant pleines d'idées. On passe de plans expressionistes à de longs plans immobiles qui ainsi mettent en valeur les dialogues par moments fabuleux (et je ne parle pas du célèbre "atmosphère, atmosphère"). Carné utilise des travellings puis des plans fixes successifs courts. Il utilise toute la gamme de la grammaire cinématographique au profit de son histoire. Certains effets sont d'une grande efficacité et beauté ( tel le visage d'Annabella baigné de lumière blanche ou encore les visages des deux amants parlant à travers les grillages) mais le tout est maîtrisé afin de rendre perceptibles l'immatérialité dans le réel, les nobles valeurs et les hauts sentiments ainsi que les plus épiques drames dans un milieu populaire et modeste. PC

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