In the cut (2003)

de Jane Campion

avec Meg Ryan, Jennifer Jason Leigh, Mark Ruffalo, Michael Nuccio, Alison Nega

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE

Professeur de lettres new-yorkaise, Frannie vit seule. Bien qu'étudiant l'argot et les romans policiers, elle s'est toujours tenue loin de l'aspect glauque de la ville.
Un soir, dans un bar, elle est le témoin d'une scène intime entre un homme et une femme. Fascinée par l'intensité de leur passion, elle n'a que le temps de remarquer le tatouage de l'homme et la chaleur de son regard.
Le lendemain, elle apprend qu'un meurtre a été commis tout près de chez elle. Malloy, le policier chargé de l'enquête, a le sentiment qu'elle est au courant de quelque chose. Frannie se sent attirée par cet homme, mais son attitude l'effraie tout autant que le tatouage sur son poignet. Le doute s'insinue en elle.
Impliquée chaque jour un peu plus dans l'enquête et dans une liaison qui libère autant qu'elle lui fait peur, Frannie est tentée de tout quitter...

LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE

Depuis Holy smoke, cela faisait cinq ans que Jane CAMPION n’avait pas donné signe de vie. Aujourd’hui qu’elle nous revient avec In the cut, nous pouvons constater avec plaisir que, tout en se lançant dans un nouveau genre, le thriller, elle continue de creuser son sillon obsessionnel : les corps, la sexualité, l’expression du désir chez l’homme et la femme. Pour autant, le polar n’est pas qu’un prétexte ; bien au contraire, il se fait ici l’ossature même de ce désir que la réalisatrice avait déjà transfiguré dans La Leçon de piano.
Sage professeur d’anglais, Frannie (Meg RYAN) devient témoin dans une affaire de meurtre. L’inspecteur Malloy (Mark RUFFALO) lui pose des questions ; elle croit reconnaître en lui le meurtrier. Pourtant, ils entament une relation sexuelle. Dès lors, la traque du serial-killer se superpose à la traque du danger dans cette attraction qui unit les deux personnages. Car Frannie se serait-elle donnée à Malloy sans cette ambiguïté originelle ? Au fur et à mesure que l’intrigue avance, est-elle de plus en plus menacée ou au contraire affirme-t-elle son emprise sur Malloy ? Autant de questions qui permettent à la réalisatrice de renouveler le genre en douceur, et de maintenir constamment la curiosité du spectateur en éveil, tout en ménageant des fausses pistes suffisamment habiles pour semer le doute. Le cocktail ruelles sombres + tueur en série + sexe pouvait laisser craindre un basculement dans le glauque, voire le sordide. Il n’en est rien, car la caméra de CAMPION fait toujours merveille. Sans aucun voyeurisme en dépit des gros plans, elle enveloppe les scènes les plus crues d’une langueur incomparable ; son regard se fait franc et caressant, notamment grâce à un très beau travail sur la lumière et une musique qui n’est pas sans rappeler la partition envoûtante de Mulholland Dr. Mais c’est surtout au vénéneux Lantana, sublime polar australien de l’année 2001, qu’In the cut fait penser. Par cette verdure, cette obscurité tiède, ces barreaux et grillages qui se succèdent, ces menottes, accessoire ambigu par excellence. Jane CAMPION peut alors explorer la sexualité de son héroïne de la manière la plus retenue qui soit, et nous livrer un de ces « portraits de femme » dont elle a le secret. La frustration de Frannie est palpable dès les premières scènes, sans qu’elle n’apparaisse pour autant comme le stéréotype de la femme coincée. Dans chacun de ses rapports avec les hommes, le spectateur ressent clairement cette bataille incessante et douloureuse de la tentation de la soumission et de l’envie de domination. Et le même conflit habite Malloy… Relation fiévreuse et chaotique, que le titre du film – que l’on pourrait traduire par « dans le vif » - illustre bien. A mille lieues de la représentation figée que Frannie a de la rencontre amoureuse… D’un coup de foudre romantique sur une patinoire, Jane CAMPION ne garde que l’image tranchante et sanglante de la lame des patins à glace. Dans le cadre de son thriller, sa vision des rapports homme/femme se fait sensuelle et dangereuse. Une fois l’affaire terminée, ne reste que l’intimité d’un couple qui se forme. La réalisatrice peut alors refermer la porte par laquelle elle s’était introduite. AV

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