Intolérable cruauté (2003)

de Joël Coen

avec George Clooney, Catherine Zeta-Jones, Julia Duffy, Paul Adelstein, Jonathan Hadary

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE

Miles Massey est l'avocat que l'on s'arrache quand on veut divorcer. Sa renommée et son train de vie témoignent de sa remarquable réussite. Mais Miles s'ennuie. Il ne va pas tarder à trouver un cas à sa mesure.
Marylin Rexroth, future ex-femme d'un richissime investisseur immobilier pris en flagrant délit d'adultère, comptait profiter de la vie et d'une belle pension. Mais Miles réussit à dispenser son client du moindre dédommagement.
Décidée à se venger, la jeune femme épouse aussitôt un magnat du pétrole. Entre Miles et Marylin commence alors un match où tous les coups sont permis.

LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE

Faut-il être à ce point aveugle, pour trouver que les frères COEN se sont affadis avec ce dernier opus ? Alors qu’Intolérable cruauté – comme son nom l’indique d’ailleurs - est probablement le film le plus méchant qu’ils aient réalisé à ce jour ! On sait depuis longtemps que les auteurs d’Arizona Junior et Fargo aiment les losers, les anti-héros, ceux qu’Hollywood cherche à écarter tant que faire se peut. Mais leur regard se teintait d’habitude d’une tendresse et d’une compassion, bien rares – pour ne pas dire absents – dans Intolérable cruauté. Parce que cette fois, ils s’attachent à ceux que l’on considère habituellement comme des gagnants : des gens beaux (George CLOONEY et Catherine ZETA-JONES, quand même !), riches un minimum, sûrs d’eux. Toute la préoccupation des frères COEN va donc être d’égratigner ces héros un peu trop lisses. C’est ce qui fait de leur film un véritable jeu de massacre : tandis que Miles Massey (CLOONEY) et Marilyne Rexroth (ZETA-JONES) se livrent une guerre sans merci et où tous les coups sont permis, Joel et Ethan COEN pointent méchamment du doigt tous leurs travers, sans compter ceux qui sont inhérents au genre de la comédie romantique. Le générique est à lui seul un morceau d’anthologie : petits Cupidons armés d’une flèche, cœurs rouge vifs, paysages romantiques… Mais comment peut-on prendre cela au premier degré ? Surtout que les frères COEN n’auront de cesse, tout au long du film, de tourner en ridicule poncifs et lieux communs : mariage en plein air à la guitare ou bien en kilt au son d’une cornemuse ; personnage masculin obsédé par la blancheur de ses dents ; routes ensoleillées de Californie bordées de cocotiers, tout y passe. Tenez-vous sur vos gardes : pas une scène qui ne parodie ou torde le cou à la comédie romantique traditionnelle. Les frères COEN n’ont fait que co-écrire le scénario. Mais ce film est leur. Le personnage du tueur asthmatique semble tout droit sorti de Fargo, les têtes d’imbécile de ces millionnaires sont l’écho exact des abrutis du vieux sud de O’Brother. La mise en scène est en parfaite osmose avec cet état d’esprit : décalée, épique dans le sordide, loufoque et souvent à la limite de l’absurde.
Mais la férocité des frères COEN est à double tranchant. Certes, les âmes fleur bleue trouveront bien peu leur compte dans cette guerre impitoyable qui démolit l’institution du mariage, « bateau que l’on prend en première comme en troisième classe ». Toutefois, quelque chose se passe. Peut-être parce que le couple CLOONEY/ ZETA-JONES fonctionne si bien qu’on veut d’y croire. Chacun de leur face-à-face est passionnant, fascinant. Paradoxalement, le cynisme déployé par les auteurs – et d’ailleurs fustigé par un des personnages dans le film – suscite chez le spectateur une furieuse envie de happy-end - qui aura lieu…ou pas ? D’habitude, on aurait tendance à réclamer du noir dans le rose bonbon. Ici, on se prend à penser qu’un peu de rose dans le noir ferait du bien. Bref, nous voilà sentimentaux. Si c’est pas une comédie romantique réussie, ça… Enfin, il faut bien admettre qu’en égratignant l’image positive de leurs héros, les frères COEN ont écarté toute fadeur inhérente à ce genre de personnage. Il en ont fait des êtres atroces mais humains, non des prince(sse)s charmant(e)s. Bien plus vivants que d’habitude, en tout cas. Après P.T. ANDERSON et son Punch-Drunk love, les frères COEN proposent un autre renouveau de la comédie romantique. Essai transformé.AV

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