Les invasions barbares
de Denys Arcand
avec Rémy Girard, Stéphanie Rousseau, Maire-Josée Croze

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE
Rémy, divorcé, la cinquantaine, est à l'hôpital. Son ex-femme
Louise rappelle d'urgence leur fils Sébastien, installé à
Londres. Ce dernier hésite son père et lui n'ont plus
rien à se dire depuis longtemps. Finalement, il accepte de
revenir à Montréal pour aider sa mère et soutenir son père.
Dès son arrivée, Sébastien remue ciel et terre, joue de ses
relations, bouscule le système de toutes les manières possibles
pour adoucir les épreuves qui attendent Rémy. Il ramène aussi
au chevet de Rémy la joyeuse bande qui a marqué son passé :
parents, amis et anciennes maîtresses.
Que sont-ils devenus à l'heure des "invasions barbares"
? L'irrévérence, l'amitié et la truculence sont-elles toujours
au rendez-vous ? L'humour, l'épicurisme, le désir peuplent-ils
toujours leurs rêves ? A l'heure des invasions barbares, le déclin
de l'empire américain continue...
LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE
Les « Barbares » du titre sont assez mal identifiés. En vrac : le capitalisme, la religion, la vieillesse Lennemi et cest dailleurs un premier reproche que lon pourrait adresser au film - nest pas clairement défini. Il se définirait plutôt par ce quil nest pas : il nest pas la joie de vivre. Car cest bien cela que Denys Arcand célèbre ici : profiter de cette existence, qui se dérobe alors que lon a limpression dêtre né hier ; se réunir avec les gens que lon aime, et parler, parler, plaisanter pour repousser les Barbares. Alors bien sûr, Les Invasions barbares sont envahies par ce langage omniprésent ; bien sûr elles sont sur-écrites, trop bavardes. Mais il faut convenir que ce dialogue est brillant. Comme chez Sacha Guitry, les bons mots jaillissent, les répliques fusent, du tac au tac, souvent hilarantes. Ce qui donne au film des allures de radiographie de groupe, où les meilleures scènes sont celles qui réunissent tous ces gens sans complexes. Sans complexes mais non sans états dâme : sont esquissées, par éclairs, de vieilles douleurs : lincompréhension dun père et son fils, les rapports difficiles dune mère et sa fille, le calvaire familial des enfants de parents divorcés. Mais tout cela est caché derrière les rires, les saillies, au point de négliger cet élément fondamental que tous les grands films possèdent : le silence. A de rares moments, le réalisateurs ose abandonner cette armure de répliques drolatiques, pour tenter de laisser transparaître autre chose : la peur de disparaître sans laisser de traces, langoisse indicible de voir que personne au monde nest irremplaçable A ces abîmes que Denys Arcand nose explorer en profondeur, la sociabilité apparaît comme le meilleur des baumes. Elle est véritablement lélan vital du film, qui par ailleurs tombe dans quelques clichés dont on se serait passé : le retour à la nature comme apaisement, la réconciliation autour du mourant, laveu difficile de lamour que lon porte aux gens auxquels on tient Mais les acteurs font passer tout cela dans la légèreté, et donnent à leurs personnages une consistance qui manquait quelque peu aux protagonistes du récent Good bye Lenin !. Alors, on passe un bon moment, on sattendrit (un peu mais pas trop), mais on ne réfléchit pas tellement. Les Invasions barbares ont beau faire allusion à des évènements contemporains le 11 septembre, lélection de George W. Bush elles ne prennent pas les problèmes de société à bras le corps comme des cinéastes engagés tels que Ken Loach ou Mike Leigh peuvent le faire. La faute, là encore, à cette tendance à tirer sur tout ce qui bouge sans vraiment adopter une prise de position précise. Mais si Les Invasions barbares ne sont ni suffisamment corrosives, ni suffisamment méditatives, elles dispensent cette chaleur et cette humanité que tout groupe damis sait diffuser. Il sagira à lavenir pour Denys Arcand de manier cette arme redoutable quest lhumour avec un peu plus de discernement AV