it's all about love (2003)

de Thomas Vinterberg

avec Joaquin Phoenix, Claire Danes, Sean Penn, Douglas Henshall, Margo martindale, Alun Armstrong

LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE

 

Pauvre Dogme ! Il a bien du souci à se faire : en quelques mois, deux de ses piliers, Lars von Trier et Thomas Vintenberg, le trahissent allègrement. Le premier avec Dogville ; le second avec It’s all about love. Les dix commandements énoncés en 1995* sont mis une nouvelle fois à mal, pour le meilleur et, peut-être, pour le pire. Ainsi, les deux films qui ont pour points communs d’être singuliers, non dépourvus d’intérêt mais forts inégaux.

 

En dépit de son titre assuré – « il ne s’agit que d’amour », It’s all about love souffre d’errances et d’hésitations, ballotté entre thriller, science-fiction fantastique et, tout simplement, comédie romantique. C’est vers le thriller que semble se tourner la mise en scène de Vintenberg : longs travellings élégants, panoramiques inquiétants, le jeune prodige de Festen montre sa maîtrise. Voilà sans doute ce qui rend la première partie du film si intrigante. A ce moment-là, on ne fait encore que pressentir, sans vraiment comprendre ce qui se passe : palpitent, encore à peine perceptibles, un amour éteint qui ne demande qu’à renaître, et un lourd secret qui ne peut qu’être horrible. Et puis, et puis… Rien, ou presque. Une vague histoire de clones. Une fuite éperdue dans la neige. Comme si le réalisateur n’avait pas su tirer parti de ces prémices prometteurs. Difficile d’être vraiment captivé.

 

Si It’s all about love, passés les premiers moments, peine à décoller, c’est sans doute que la métaphore sur l’amour qu’appelait un tel sujet tourne à vide. Cette vision d’un monde au bord de l’implosion n’apparaît que fugitivement, comme sans lien avec nos personnages. Là où l’on attendait des plans saisissants, tels que Polanski avait su en livrer, dans Le Pianiste, avec Varsovie en ruines, Vintenberg se contente de quelques extraits de journal télévisé. Dès lors, la tragique destinée du couple que forment Elena (Claire Danes) et John (Joaquin Phoenix), censé représenter l’Amour traqué et mourant, en reste malheureusement à un stade purement anecdotique. Le cinéaste a-t-il encombré ou, au contraire, trop simplifié son propos ? Seul l’intéressé peut répondre ; toujours est-il que son film apparaît déséquilibré, bancal, hétéroclite.

 

Néanmoins, une comédie romantique telle que It’s all about love sort nettement de la routine hollywoodienne. D’abord parce que Vintenberg est un auteur qui a de la personnalité. Sa vision apocalyptique d’un futur privé d’amour, pour n’être pas totalement convaincante, ne manque pas de singularité. De chaque plan, un froid glacial émane, puissamment relayé par un travail sur la lumière exceptionnel. Mine de rien, de nombreux écueils sont ainsi évités : les inévitables scènes d’amour, par exemple. Elles sont peu nombreuses, brèves, exemptes de toute sensualité. Ce n’est pas là un reproche : l’attraction qui relie John et Elena se trouve simplement exprimée par d’autres voies, plus subtiles. Lorsqu’ils ne sont pas réunis dans un même cadre, ce sont les gestes, les regards, les vêtements qui se répondent. Admirable. De même on retrouve, par éclairs, la violence du viscéral Festen : dans cette glaçante réunion de famille, notamment, dont les membres souriants cachant des secrets abominables. Cette même violence met également fin à une scène à la contemplation facile et complaisante telle que l’entraînement au patinage artistique. Ainsi, à chaque instant, alors que l’on le sent prêt à basculer dans le cliché, le réalisateur redonne un coup de balancier, rétablit l’équilibre. Et puis il y a le duo d’acteurs ! Claire Danes, vulnérable comme jamais, proie innocente mais digne. Joaquin Phoenix, surtout, sobre, fiévreux, juste à tout instant. Grâce à eux, Vintenberg réussit là où Spielberg, dans Minority report, avait échoué : suivre la renaissance d’un amour que l’on croyait éteint. AV

 

* Les dix commandements du Dogme
1- Tourner les scènes sur place, sans changer les décors ou utiliser des parties de décors venues d'ailleurs.
2- Faire les prises de son en même temps que les prises d'images.
3- Tourner avec caméra à la main.
4- Filmer en couleurs, sans éclairages artificiels.
5- Ne pas utiliser de filtres ou d'autres effets optiques.
6- Ne pas introduire de scènes superficielles (de meurtres inutiles ou d'armes).
7- Éviter les allers et venues dans le temps comme dans l'espace.
8- Ne pas tourner de film de "genre" (comédies, films d'action, etc.).
9- Que la version finale du film soit en format 35mm.
10- Ne pas mettre son nom au générique en tant que réalisateur.

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