J'AI PAS SOMMEIL (1994)
de Claire Denis
avec Béatrice Dalle, Richard Courcet, Line Renaud, Katarina Gobubeva

PRESENTATION DU FILM SUR LE SITE DE CINECINEMA
Un jeune antillais homosexuel, tueur de vieilles dames dans le
18ème arrondissement; une lituanienne venue tenter sa chance à
Paris; une dynamique professeur de karaté pour femmes d'âge mûr
tenant un hôtel à Montmartre... Tous se croisent, s'observent,
et leurs trajectoires peu à peu se recoupent.
Dans ce film original et parfaitement maîtrisé, Claire Denis
s'inspire d'un fait divers réel, l'affaire Thierry Paulin, pour
construire un "jeu de l'oie" dans un Paris estival à
l'atmosphère trouble.
MA CHRONIQUE
Ce n'est pas un film sur le fait divers qui a défrayé la chronique au début des années 90, mais c'est un film qui tente de rendre perceptible le mal-être fin-de-siècle.Claire Denis fouille dans les vies apparemment banales -ni heureuses ni malheureuses-de ces personnages pour mettre à jour ce qui ne va pas. Elle filme les racines du mal insidieux et indolore mais pourtant bien présent qui va pousser chacun à réagir à sa façon (par le crime pour l'un, par le désir de retourner en Martinique pour l'autre, par des réactions épidermiques et moins graves pour d'autres encore) mais elle se refuse à l'expliquer ou à asséner un discours politique ou moral. Ce sont des petits riens accumulés qui entrainent le malaise (le tutoiement des policiers lors de l'arrestation, l'antipathie d'un cafetier, le sentiment général d'insécurité, l'hypocrisie ambiante, le racisme et toutes les phobies sous-jacentes, les rêves déçus, les illusions perdues). Mais la réalisatrice n'insiste pas sur le constat amer ni sur l'aspect angoissant. Les tons pastels dominent et malgré tout, la douceur et les liens humains restent possibles. Les êtres peuvent parfois se comprendre sans rien se dire. La violence sourde n'est pas le fait du tueur de vieilles dames. Au contraire, celui-ci suinte la douceur (même quand il tue). Sa douceur est sublimée lors de son numéro de travesti sur une chanson de Jean-Louis Murat.
C'est également un beau film sur Paris.