Kill Bill vol.1

de Quentin Tarantino

avec Uma Thurman, Lucy Liu, David Carradine, Michael Madsen, Daryl Hannah

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE

Au cours d'une cérémonie de mariage en plein désert, un commando fait irruption dans la chapelle et tire sur les convives. Laissée pour morte, la Mariée enceinte retrouve ses esprits après un coma de quatre ans.
Celle qui a auparavant exercé les fonctions de tueuse à gages au sein du Détachement International des Vipères Assassines n'a alors plus qu'une seule idée en tête : venger la mort de ses proches en éliminant tous les membres de l'organisation criminelle, dont leur chef Bill qu'elle se réserve pour la fin.

CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE

A présent que le volume deux arrive sur nos écrans, qu’en est-il du quatrième film de Quentin Tarantino ? Première évidence : si Kill Bill apparaît comme un pur produit de l’univers Tarantino, sous bien des aspects il marque une rupture avec ses films précédents. Auparavant, le cinéaste s’amusait à confronter les points de vue d’une dizaine de personnages, sans prendre le parti de l’un plus que de l’autre. Dans Kill Bill, un personnage concentre tous les regards : celui de La mariée, omniprésente. Film de vengeance, Kill Bill ne se comprend qu’au travers des épreuves traversées par Uma Thurman. Moteur même du film, La Mariée ne peut donc que triompher de tous ses combats. mais cette invincibilité a une autre cause : ne faut-il pas en effet considérer que le personnage qui donne sa raison d’être au film est lui-même déjà mort ? Après tout, la séquence initiale, en noir et blanc, ne constitue-t-elle pas une ahurissante plongée en enfer ? D’emblée, Kill Bill s’inscrit donc dans toute une tradition du western-spaghetti, où le héros semble émerger du pays des morts pour accomplir sa vengeance. Dès lors, rien d’étonnant à ce que La Mariée meure et renaisse plusieurs fois au long du film, qu’elle se prenne une balle dans la tête, reçoive une décharge en pleine poitrine ou se retrouve enterrée vivante. Pour autant, il est surprenant de constater à quel point Tarantino, à l’inverse de Kitano dans Zatoichi, refuse de faire de son héroïne un personnage tout d’un bloc. Ainsi, il use de ses adversaires pour offrir à Uma Thurman de multiples visages. Tour à tour dénommée La Mariée, Black Mamba, ou Beatrix Kiddo, elle surgit habillée en jeans, en combinaison jaune ou en jupe longue face à Vernita Green, O-Ren Ishii ou Elle Driver, personnages unidimensionnels au contraire. Unidimensionnels, mais néanmoins extrêmement marqués et marquants, attachants en dépit de leur ignominie. Il est vrai qu’ils représentent tous des doubles pour La Mariée : Lucy Liu et Vivica A. Fox offrent des beautés opposées à la blondeur d’Uma Thurman ; Daryl Hannah constitue son parfait reflet ; Michael Madsen et David Carradinepeuvent être perçus comme des équivalents masculins. C’est pourquoi aucune de leur mort, même la plus brève, ne peut être anecdotique ; leurs disparitions successives, là encore, représentent des pans entiers de "Black Mamba" qui disparaissent au profit de la "Mommy" finale. D’où ce véritable parcours initiatique que peut représenter Kill Bill, où La Mariée part à la rencontre d’elle-même à chaque étape.  Par conséquent le traditionnel éclatement du récit chez Tarantino prend ici des valeurs d’introspection, où les expériences passées de La Mariée, dévoilées petit à petit, permettent d’éclairer ses actions présentes. Alors que ce type de structure morcelait et embrouillait joyeusement Pulp fiction, il coordonne Kill Bill et le rend plus cohérent de chapitre en chapitre. L’autre moyen de progression du film repose sur le personnage de Bill. Limité à une voix et à deux mains dans le premier volume, il occupe enfin la scène dans le second volume, et le film y gagne. Doté d’un vrai charisme, magnifiquement incarné par David Carradine, il apparaît tout à la fois mythique et proche, diabolique et protecteur. Sa mort étonnamment rapide, digne, discrète, donne des frissons ; on reconnaît bien là le refus continuel de tout manichéisme traditionnel chez Tarantino, qui n’a pas son pareil pour rendre les pires salauds extrêmement attachants.

La réussite de Kill Bill tient donc avant tout dans sa succession de caractères forts et très marqués, qui se répondent les uns aux autres dans un même Panthéon mythologique. Mais cette galerie de personnages, Tarantino réussit-il vraiment à la confédérer dans une seule et même perspective ? Il est permis d’en douter. Si des fils conducteurs qui traverseraient toute la quête de La Mariée sont bien esquissés par le réalisateur, ils sont sacrifiés aux profit des rencontres-choc et des scènes d’actions – parfaitement maîtrisées, mais loin d’être révolutionnaires. Et l’on peut se laisser aller à penser que si Tarantino avait exploré toutes les pistes qui s’offraient à lui, son film aurait pu posséder la grandeur tragique des meilleurs films de Sergio Leone. Ainsi Uma Thurman laisse-t-elle entrevoir, par éclairs, la grande solitude à laquelle est livré son personnage tout au long de son parcours, tuant un à un tous les membres de son ancienne « famille ». Qu’elle soit appelée « vilain petit lapin blanc », finisse enterrée dans la tombe d’une autre ou se marie sans invité, elle apparaît toujours décalée, comme une intruse qui n’aurait sa place nulle part. or, tout occupé qu’il est à mener son personnage de combat en combat, Tarantino prend rarement la peine de ralentir son récit pour faire ressentir cette solitude. De même, alors qu’il aurait pu nous livrer une superbe passion amoureuse qui s’achèverait dans le sang, il préfère aborder le face à face entre Bill et La Mariée avec distance et ironie, comme s’il craignait l’invasion d’une émotion non maîtrisée. Pourtant, avec quelle délicatesse il avait su traiter l’histoire d’amour entre quinquagénaires de Jackie Brown… Du reste, l’émotion serait bien la seule chose que Tarantino ne maîtriserait pas, car sur tous les autres plans, force est de constater que l’enfant terrible de Reservoir dogs fait preuve, de film en film, d’une virtuosité toujours plus impressionnante. On peut l’estimer au sommet de son art : ayant divisé son oeuvre en deux volumes, il peut ainsi placer tout son délire visuel dans la première partie et sa « patte » dans la deuxième. La violence, exagérée jusqu’à en paraître hilarante, est tout autant désamorcée que celle de Reservoir dogs et de Pulp fiction. En outre, du jardin japonais du volume un au désert californien du volume deux, Kill Bill témoigne toujours d’un sens de l’image et du cadrage très sûr. Sa caméra se révèle efficace et, malgré sa grande mobilité, sait se faire oublier – ne dit-on pas que la meilleure mise en scène est invisible ? Cependant, cette composition visuelle, aussi impressionnante soit-elle, demeure toujours au service de la bande-son. Dans le domaine de l’utilisation de la musique, Tarantino reste sans doute l’un des seuls cinéastes à pouvoir rivaliser avec le maître Kubrick. La bande originale structure chaque scène, lui donne un rythme, une coloration. Kill Bill communique par le son davantage que par tout autre moyen ; rares sont les films dont on peut en dire autant. Dès lors, que dire de ce film éblouissant sur le plan cinématographique, à l’humour noir toujours aussi ravageur, aux références si nombreuses qu’elles mériteraient un article à part entière, mais auquel il manque peut-être l’ampleur de ses modèles ? Rien de plus que ceci : de ce qui aurait pu être un grand film, Tarantino a fait un film brillant. Les pessimistes pourront s’estimer frustrés, mais les enthousiastes s’écrieront que ce n’est déjà pas si mal…AV

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