Kill Bill vol.2
de Quentin Tarantino
avec Uma Thurman, David Carradine, Michael Madsen, Daryl Hannah, Gordon Liu

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE
Après s'être débarrassée de ses anciennes collègues Vernita Green et O-Ren Ishii, la Mariée poursuit sa quête vengeresse. Il lui reste à régler le sort de Budd puis de Elle Driver avant d'atteindre le but ultime : tuer Bill.
CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE
A présent que le volume deux arrive sur nos écrans, quen est-il du quatrième film de Quentin Tarantino ? Première évidence : si Kill Bill apparaît comme un pur produit de lunivers Tarantino, sous bien des aspects il marque une rupture avec ses films précédents. Auparavant, le cinéaste samusait à confronter les points de vue dune dizaine de personnages, sans prendre le parti de lun plus que de lautre. Dans Kill Bill, un personnage concentre tous les regards : celui de La mariée, omniprésente. Film de vengeance, Kill Bill ne se comprend quau travers des épreuves traversées par Uma Thurman. Moteur même du film, La Mariée ne peut donc que triompher de tous ses combats. mais cette invincibilité a une autre cause : ne faut-il pas en effet considérer que le personnage qui donne sa raison dêtre au film est lui-même déjà mort ? Après tout, la séquence initiale, en noir et blanc, ne constitue-t-elle pas une ahurissante plongée en enfer ? Demblée, Kill Bill sinscrit donc dans toute une tradition du western-spaghetti, où le héros semble émerger du pays des morts pour accomplir sa vengeance. Dès lors, rien détonnant à ce que La Mariée meure et renaisse plusieurs fois au long du film, quelle se prenne une balle dans la tête, reçoive une décharge en pleine poitrine ou se retrouve enterrée vivante. Pour autant, il est surprenant de constater à quel point Tarantino, à linverse de Kitano dans Zatoichi, refuse de faire de son héroïne un personnage tout dun bloc. Ainsi, il use de ses adversaires pour offrir à Uma Thurman de multiples visages. Tour à tour dénommée La Mariée, Black Mamba, ou Beatrix Kiddo, elle surgit habillée en jeans, en combinaison jaune ou en jupe longue face à Vernita Green, O-Ren Ishii ou Elle Driver, personnages unidimensionnels au contraire. Unidimensionnels, mais néanmoins extrêmement marqués et marquants, attachants en dépit de leur ignominie. Il est vrai quils représentent tous des doubles pour La Mariée : Lucy Liu et Vivica A. Fox offrent des beautés opposées à la blondeur dUma Thurman ; Daryl Hannah constitue son parfait reflet ; Michael Madsen et David Carradinepeuvent être perçus comme des équivalents masculins. Cest pourquoi aucune de leur mort, même la plus brève, ne peut être anecdotique ; leurs disparitions successives, là encore, représentent des pans entiers de "Black Mamba" qui disparaissent au profit de la "Mommy" finale. Doù ce véritable parcours initiatique que peut représenter Kill Bill, où La Mariée part à la rencontre delle-même à chaque étape. Par conséquent le traditionnel éclatement du récit chez Tarantino prend ici des valeurs dintrospection, où les expériences passées de La Mariée, dévoilées petit à petit, permettent déclairer ses actions présentes. Alors que ce type de structure morcelait et embrouillait joyeusement Pulp fiction, il coordonne Kill Bill et le rend plus cohérent de chapitre en chapitre. Lautre moyen de progression du film repose sur le personnage de Bill. Limité à une voix et à deux mains dans le premier volume, il occupe enfin la scène dans le second volume, et le film y gagne. Doté dun vrai charisme, magnifiquement incarné par David Carradine, il apparaît tout à la fois mythique et proche, diabolique et protecteur. Sa mort étonnamment rapide, digne, discrète, donne des frissons ; on reconnaît bien là le refus continuel de tout manichéisme traditionnel chez Tarantino, qui na pas son pareil pour rendre les pires salauds extrêmement attachants.
La réussite de Kill Bill tient donc avant tout dans sa succession de caractères forts et très marqués, qui se répondent les uns aux autres dans un même Panthéon mythologique. Mais cette galerie de personnages, Tarantino réussit-il vraiment à la confédérer dans une seule et même perspective ? Il est permis den douter. Si des fils conducteurs qui traverseraient toute la quête de La Mariée sont bien esquissés par le réalisateur, ils sont sacrifiés aux profit des rencontres-choc et des scènes dactions parfaitement maîtrisées, mais loin dêtre révolutionnaires. Et lon peut se laisser aller à penser que si Tarantino avait exploré toutes les pistes qui soffraient à lui, son film aurait pu posséder la grandeur tragique des meilleurs films de Sergio Leone. Ainsi Uma Thurman laisse-t-elle entrevoir, par éclairs, la grande solitude à laquelle est livré son personnage tout au long de son parcours, tuant un à un tous les membres de son ancienne « famille ». Quelle soit appelée « vilain petit lapin blanc », finisse enterrée dans la tombe dune autre ou se marie sans invité, elle apparaît toujours décalée, comme une intruse qui naurait sa place nulle part. or, tout occupé quil est à mener son personnage de combat en combat, Tarantino prend rarement la peine de ralentir son récit pour faire ressentir cette solitude. De même, alors quil aurait pu nous livrer une superbe passion amoureuse qui sachèverait dans le sang, il préfère aborder le face à face entre Bill et La Mariée avec distance et ironie, comme sil craignait linvasion dune émotion non maîtrisée. Pourtant, avec quelle délicatesse il avait su traiter lhistoire damour entre quinquagénaires de Jackie Brown Du reste, lémotion serait bien la seule chose que Tarantino ne maîtriserait pas, car sur tous les autres plans, force est de constater que lenfant terrible de Reservoir dogs fait preuve, de film en film, dune virtuosité toujours plus impressionnante. On peut lestimer au sommet de son art : ayant divisé son oeuvre en deux volumes, il peut ainsi placer tout son délire visuel dans la première partie et sa « patte » dans la deuxième. La violence, exagérée jusquà en paraître hilarante, est tout autant désamorcée que celle de Reservoir dogs et de Pulp fiction. En outre, du jardin japonais du volume un au désert californien du volume deux, Kill Bill témoigne toujours dun sens de limage et du cadrage très sûr. Sa caméra se révèle efficace et, malgré sa grande mobilité, sait se faire oublier ne dit-on pas que la meilleure mise en scène est invisible ? Cependant, cette composition visuelle, aussi impressionnante soit-elle, demeure toujours au service de la bande-son. Dans le domaine de lutilisation de la musique, Tarantino reste sans doute lun des seuls cinéastes à pouvoir rivaliser avec le maître Kubrick. La bande originale structure chaque scène, lui donne un rythme, une coloration. Kill Bill communique par le son davantage que par tout autre moyen ; rares sont les films dont on peut en dire autant. Dès lors, que dire de ce film éblouissant sur le plan cinématographique, à lhumour noir toujours aussi ravageur, aux références si nombreuses quelles mériteraient un article à part entière, mais auquel il manque peut-être lampleur de ses modèles ? Rien de plus que ceci : de ce qui aurait pu être un grand film, Tarantino a fait un film brillant. Les pessimistes pourront sestimer frustrés, mais les enthousiastes sécrieront que ce nest déjà pas si mal AV