L'Appât (1994)

De Bertrand Tavernier

avec Marie Gillain, Richard Berry, Bruno Putzulu, Olivier Sitruk

PRESENTATION DU FILM SUR LE SITE DE CINECINEMA

 

Vendeuse, Nathalie vit avec Eric et ils hébergent un ami, Bruno. Tous trois rêvent de réussite facile et de partir aux Etats-Unis pour monter une affaire comme dans les films dont ils se nourrissent. La jolie Nathalie se fait draguer par tous les hommes qu'elle croit riches et collectionne leurs adresses dans un carnet. Eric a alors l'idée de dévaliser les relations de Nathalie en utilisant cette dernière comme appât...

Inspiré d'un fait divers authentique, ce film, qui s'apparente à un témoignage sociologique réaliste, a obtenu l'Ours d'or au Festival de Berlin 1995.

MA CHRONIQUE

Ce film est d’autant plus troublant et dérangeant qu’il ne nous trouble ni ne nous dérange. De la même façon que les personnages ne sont nullement troublés ni dérangés par la gravité des actes qu’ils commettent. On n’y croit pas à ces personnages attirés uniquement par ce qui brille à en oublier la valeur de la vie ; on se dit que ce n’est pas possible; on rit de ces caricatures. Et c’est cela qui permet de dire que le film est réussi, ou plutôt  que Tavernier a réussi à faire passer son message. Il y a adéquation entre le fond et la forme. On rit beaucoup dans ce film mais on sait qu’il s’agit d’un fait divers réel et Torreton, en commissaire de police, essaie de ramener tout le monde (Marie Gillain et le spectateur) à la réalité en en soulignant la gravité.

Alors pourquoi cette réserve face à un film réussi?

Tavernier semble n’exploiter qu’une seule piste, développe sa thèse à fond (à savoir que la société de consommation abrutit les jeunes et leur fait perdre les repères fondamentaux) et contrairement à Kahn pour « Roberto Succo », il ne cherche pas à comprendre, il n’observe pas mais il illustre sa thèse. Certes, celle ci est loin d’être inintéressante et elle est même importante. On peut également s’interroger sur l’effet produit par ce film qui fait d’une certaine façon ressentir au spectateur ce qu’il veut dénoncer, à savoir le manque de considération et la légèreté face à la vie humaine. Bien sûr son film ne s’adresse pas à un public ressemblant à ses personnages (dans une scène dans un vidéo club, ils qualifient les films français de nuls) mais alors il prêche dans le désert. Ce film a néanmoins le mérite de soulever bien des questions. PC

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