Les lois de l'attraction (2003)
de Roger Avary
avec James Van Der Beek, Shannyn Sossamon, Ian Somerhalder, Jessica Biel

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE
Au Camden College, l'essentiel de la vie des étudiants ne se
déroule pas pendant les cours. Dans cet univers de fêtes et de
débauche, Sean Bateman n'a pas usurpé sa réputation de tombeur.
Une bonne partie des jeunes filles du campus peuvent en témoigner
personnellement.
Paul Denton, lui, affiche au grand jour son homosexualité, mais
il a du mal à se trouver des partenaires.
Lauren Hynde, pour sa part, est sublime. Elle n'en abuse pas
encore. Elle est trop occupée à chercher sa place dans ce monde
libertaire qui obéit tout entier aux lois de l'attraction.
MA CHRONIQUE
Avary ne s'en tient pas aux anecdotes plus ou moins drôles et lourdes des films sur les ados (souvent ceux de la middle class blanche américaine sensée représenter l'ensemble des ados) à destination des ados (ceux de la middle class blanche américaine sensée représenter l'ensemble des ados). Il va dénicher la complexité derrière toute cette façade, derrière toute cette représentation qu'on retrouve dans les fictions et que les ados eux mêmes tiennent à jouer dans le monde réel. Alors, certes, ils ont l'air insouciants, ils font les fous, ils ne pensent qu'au cul, jamais aux études, ils sont attirés par le risque. Certes, il y a des blondes écervelées un peu -beaucoup- faciles, des brunes mignonnes et idéalistes mais quand même titillées par le sexe, des tombeurs, des homos, des homophobes, des homos qui s'ignorent encore, des amoureuses secrêtes. Oui, il y a des situations qui se veulent drôles et à la limite du bon goût (la brune dépucelée par un inconnu qui lui vomit dessus ou encore le tombeur en proie à des pannes sexuelles) mais une fois arrivé au climax de ces scènes, Avary rembobine littéralement le film et le temps et nous plonge dans la psyché et les doutes des protagonistes, aidé en cela par la voix off habituelle mais qui ici tient des propos plus graves et à portée plus profonde.
Ce film a toutes les parures du teenage movie -le rythme endiablé, la superficialité, les situations, les archétypes, la photographie et la mise en scène nerveuse et moderne- mais dans cette même mise en scène, il y a un décalage et une outrance novatrice qui, au lieu d'en faire un film léger pour ados, en font un film grave et profond sur l'adolescence américaine actuelle influencée par les modes, perdue dans le chaos d'une société n'offrant que des repères flous et fluctuants et parfois contradictoires (notamment en ce qui concerne le sexe) à sa jeunesse causant ainsi un malaise insidieux. Cette jeunesse est engloutie par ailleurs par cette société de consommation où tout va trop vite, toute entière tournée vers la satisfaction immédiate de besoins, par une société de représentations imposées par la télévision et le cinéma, par une société dans laquelle le sexe n'est pas ce qu'il devrait être, à savoir une source de plaisir et de sensualité mais où il devient , au même titre que la drogue -ou même le suicide- une antidote au mal-être, une tentative d'oubli de soi.
Avary démontre combien les lois de l'attraction (désir? amour?) sont complexes et à l'origine de situations bien moins stéréotypées et formatées contrairement à ce que les protagonistes eux mêmes croient. Ainsi, au lieu de nous faire rire des quiproquos, il nous en dévoile les enjeux émotionnels et existentiels. Et du coup, à aucun moment, on ne trouve ces adolescents pathétiques ou ridicules ou "têtes à claques". Non, ils ont une dimension sinon romantique, du moins tragique.
Alors, comme les personnages de ce film, nous, les spectateurs, nous réveillons avec un goût un peu amer après avoir plongé volontiers dans cette orgie appâtés que nous étions par l'idée que nous nous faisions du film. Et celui-ci nous laisse avec davantage de questionnements que de réponses définitives sur cette jeunesse-là finalement bien plus complexe et touchante et sur nos propres représentations des lois de l'attraction au départ peut être un peu schématiques, mais il nous laisse conscients d'être dépassés et de ne pas , à l'instar des personnages, avoir la maîtrise de toutes nos émotions et tous nos instincts, conscients également que émotions et instincts ne sont pas aussi clairement distincts les uns des autres tout comme l'homme et la société dans laquelle il vit ainsi que leurs représentations sont eux aussi étroitement imbriqués et ne peuvent faire abstraction les uns des autres.PC