Chouchou (2003)
de Merzak Allouache
avec Gad Elmaleh, Claude Brasseur, Alain Chabat, Catherine Frot, Roschdy Zem

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE
Chouchou, un jeune Maghrébin, débarque clandestinement à
Paris dans la seule intention de retrouver son neveu. Recueilli
par le Père Léon et le Frère Jean, en charge d'une paroisse de
banlieue parisienne, Chouchou trouve un emploi : assurer
l'entretien du cabinet d'une psychanalyste, le docteur Nicole
Milovavitch, et recevoir ses clients.
Ce dernier se rend bientôt à Clichy à la recherche de son
neveu, devenu "Vanessa", chanteuse romantique au
cabaret L'Apocalypse. Le jeune homme y retrouve ses amis
et décide de se travestir lui aussi à ses heures libres. Devenu
"serveuse" de nuit, il fait la rencontre de Stanislas,
un quadragénaire habitué des lieux. C'est le coup de foudre.
Malheureusement, un patient du docteur Nicole Milovavitch,
l'inspecteur Grégoire, a vent de l'arrivée clandestine de
Chouchou à Paris et de sa double personnalité...
MA CHRONIQUE
On pouvait craindre le pire de cette comédie dont le sujet aurait pu prêté à l'outrance, au mauvais goût, à la caricature et pourtant, le film évite tous ces écueils et est drôle. A aucun moment , on ne rit de la situation de Chouchou, homosexuel travesti d'origine maghrébine, mais on rit avec lui , on rit de ses répliques savoureuses qui font mouche, des petits travers des uns et des autres, des situations qu'on imagine plus que de celles qui ont lieu. On ne rit pas de son travestissement mais plutôt des représentations conventionnelles hétéros que les personnages reproduisent et jouent dans la société. Mais jamais le trait n'est grossi et le sillon creusé. Non, il est simplement esquissé et abandonné avant de risquer de devenir grotesque. Le personnage de Chouchou ne vire pas à la caricature: il est avant tout attachant. Il devient un ami qui nous fait rire non pas à cause de son homosexualité ou de son désir de se travestir mais du fait de son décalage, de sa naïveté , de son innocence.
Contrairement à de nombreuses comédies actuelles dont les têtes d'affiche sont des comiques reconnus, Chouchou n'est pas uniquement l'occasion d'engranger des bénéfices sur le succès comique de Gad Elmaleh. Alors, même si le film repose sur la performance de celui-ci, c'est avant tout une comédie construite autour d'un vrai personnage et d'une vraie histoire pétrie d'humanité et où le rire est souvent désamorcé par l'émotion et où l'émotion est elle aussi désamorcée par le rire. En effet, on nous conte ici une vraie histoire avec des enjeux humains et pas seulement mécaniquement comiques. On suit et on s'attache à Chouchou, dans ses difficultés et ses joies à vivre sa différence depuis les grosses difficultés au début qui l'amènent à quitter son Maghreb natal et qu'il révèle dans une scène de confessionnal très touchante jusqu'aux plus petites difficultés auxquelles il a à faire face dans la société globalement quand même assez tolérante dans laquelle il évolue maintenant même si ici et là subsistent quelques réticences mais jamais mal intentionnées et vite réprimées.
Alors, oui, il ne s'agit pas d'une comédie sociale grinçante car le ton n'est pas vindicatif ni dénonciateur. Il ne s'agit pas non plus d'une satire car la société décrite est tolérante et les résolutions ont lieu grâce à des miracles et non aux dépens de qui que ce soit. Malgré cela, ce film délivre en toute simplicité à notre société un message de tolérance en nous présentant un modèle de société presque idéal où un individu si singulier- par sa gentillesse autant si ce n'est plus que par sa différence-pour la notre finit par se marier à la joie de tous et sans créer de déséquilibre -que certains pourraient craindre-et c'est cette finalité là qui est le seul enjeu et suspense du film, enjeu uniquement contrarié non pas par la haine ou l'intolérance mais par un policier névrosé et fragile.Ce film porte un regard tendre et bienveillant sur l'humanité où les seules tensions naissent de névroses affectives et sont résolues par des miracles (dans les deux cas, l'homme n'est pas responsable) sans pour autant être totalement détaché de la réalité ou crédule. Mais il prend volontairement le parti pris de la comédie, la comédie gentille et douce même si elle est consensuelle. Ca change et ça fait du bien. PC