Lost in translation (2004)

de Sofia Coppola

avec Bill Murray, Scarlett Johansson

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE

Bob Harris, acteur sur le déclin, se rend à Tokyo pour touner un spot publicitaire. Il a conscience qu'il se trompe - il devrait être chez lui avec sa famille, jouer au théâtre ou encore chercher un rôle dans un film -, mais il a besoin d'argent.
Du haut de son hôtel de luxe, il contemple la ville, mais ne voit rien. Il est ailleurs, détaché de tout, incapable de s'intégrer à la réalité qui l'entoure, incapable également de dormir à cause du décalage horaire.
Dans ce même établissement, Charlotte, une jeune Américaine fraîchement diplômée, accompagne son mari, photographe de mode. Ce dernier semble s'intéresser davantage à son travail qu'à sa femme. Se sentant délaissée, Charlotte cherche un peu d'attention. Elle va en trouver auprès de Bob...

MA CHRONIQUE

Comédie romantique dépouillée de toute la panoplie de sensiblerie communément associée au genre mais par contre gonflée de l'élément comique généralement réduit à la portion congrue, "Lost in translation" est une expérience romantique pour le spectateur , qui développe une relation avec le film du même type que celle que développent les deux protagonistes du film. Il permet à chacun d'entre nous, quel que soit son âge, soit de faire un bilan sur sa vie, soit de s'interroger sur l'amour et sa propre solitude.

Relation dépourvue d'ambiguïté mais pourtant aux marges de l'amour et de l'amitié, le lien qui unit le temps d'un séjour au Japon Bob et Charlotte est une expérience rendue possible par le contexte singulier de leur rencontre : seuls -mais par ailleurs mariés-, en pays étrange et étranger, en proie à des doutes et des difficultés affectives et identitaires, avalés par une ville de lumières, de bruits et de mouvements, anesthésiés par le confinement de cet hôtel de grand luxe aseptisé et aussi par le décalage horaire, ils sont en fait à la recherche de vérité, de sincérité dans ce monde d'artifices, de faux-semblants, d'hypocrisie, d'images et de superficialité.

L'espace d'une semaine, les deux personnages retrouvent l'état de grâce des débuts d'histoires d'amour où ils sont à la fois plongés dans le monde extérieur et coupés de celui-ci. Ces deux solitudes sont d'abord ballotées dans ce monde inconnu, telles deux bulles de savon , et vont se téléscoper et fusionner sans éclater. Mais bien sûr, cela ne peut être qu'éphémère et ils le savent. Dans leur bulle ainsi constituée, ils s'amusent et rient comme des enfants ( quel rire spontané et doux de Scarlett/Charlotte face aux répliques et facéties de Bill/Bob), investissent Tokyo comme une aire de jeu , terrain idéal pour leurs farces inoffensives. Ils retrouvent ainsi la pureté de l'acte gratuit et sain, loin des gesticulations ridicules et superficielles mais payantes en terme d'audimat de l'animateur de télé japonais ou encore des propos creux et niais de l'actrice américaine en tournage.Ils sont replongés dans une pureté originelle d'où la sensualité n'est pas exclue mais une sensualité saine et diffuse, quasi abstraite et cérébrale.

Leur relation a toutes les caractéristiques de l'amour, elle en a les sensations, elle en a la complicité, elle en a la sensualité mais l'amour n'en est pas la finalité. A aucun moment ils ne cherchent à se lier physiquement ou sentimentalement et lorsque Charlotte découvre que Bob a eu une brève liaison suite à une soirée trop arrosée avec la chanteuse d'ambiance du bar de l'hôtel, la réaction à laquelle tous deux s'attendent de la part de l'un et de l'autre -à savoir déception, jalousie, honte ...- n'a pas lieu. A aucun moment, ils n'évoquent la possibilité d'une rupture chacun de leur côté pour se retrouver et créer quelquechose ensemble. Au contraire, le climax où les deux se retrouvent sur un lit avec la caméra au dessus d'eux est en fait une conversation sur les difficultés de la vie de couple. Ils ne parlent pas de leur relation mais de leur couple et du mariage. Au delà de la comédie romantique ce film est une réflexion quasi tactile et sensorielle sur la solitude, la rencontre de deux solitudes, la nécessité d'un retour sur soi-même, le besoin de spiritualité et de connaissance de soi même. et en plus, le film nous permet de faire cela!

Porté par des images et une bande son superbes, envoûtantes et hypnotiques et des performances d'acteurs sublimes (Bill Murray emprunte les registres comiques et dramatiques de façon alternée et même simultanée avec brio), le deuxième film de Sofia Coppola est un chef d'oeuvre qui parle à chacun de nous de manière très intime.PC

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