Monster
de Patty Jenkins
avec Charlize Theron, Christina Ricci, Bruce Dern, Pruitt Taylor Vince, Scott Wilson

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE
Depuis déjà longtemps, Aileen erre sans but et survit en se
prostituant. Lorsqu'un soir, le moral au plus bas, elle rencontre
dans un bar la jeune Selby, c'est le coup de foudre.
Pour protéger leur amour et leur permettre de subsister, Aileen
continue de se vendre jusqu'à cette nuit où, agressée par un
de ses clients, elle le tue. Ce premier crime marque le déclenchement
d'un terrible engrenage...
CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE
Dès son premier film, Patty Jenkins sinscrit dans la lignée du John Schlesinger de Macadam cow-boy et du Martin Scorsese de Taxi driver : elle choisit de sattacher aux paumés, aux losers, à ceux qui ternissent le Rêve américain. En loccurrence, la réalisatrice nous livre lhistoire - dautant plus terrifiante quelle est authentique - dAileen Wuornos, première tueuse en série de lAmérique, exécutée en octobre 2002 après avoir passé douze ans dans les couloirs de la mort. Patty Jenkins aurait pu partir de ces années dincarcération avant de remonter en arrière. Elle fait le choix inverse : celui de commencer son film avec lenfance dAileen, puis de retracer son sanglant parcours, le tout commenté par la voix off dAileen elle-même (Charlize Theron, dont loscar est amplement justifié). Or, ce qui frappe dès ces premières images, cest ce décalage entre limaginaire de la petite Aileen et le monde extérieur qui, sans cesse, par lintermédiaire dun adulte invisible à larrière-plan, la ramène à une réalité moins rose. Tout au long du film, cette thématique revient : Aileen est une femme qui, à la fois, se confronte à la réalité la plus glauque et vit dans une illusion presque enfantine. Dans son monde, il suffit de vouloir être vétérinaire pour le devenir. Daimer une personne à la folie pour que celle-ci vous aime autant. Or, sous la caméra de Patty Jenkins, les relations entre Aileen et sa petite amie Selby (Christina Ricci, dont labsence doscar est amplement injustifiée) sont loin dêtre simples. Aileen semble maîtriser tout ; Selby semble dépendre entièrement de son amie. Mais quen est-il réellement ? Alors quAileen sacrifie sa vie tout entière à Selby, cette dernière menace à chaque instant de se dérober et de labandonner. Une chose est sûre : toutes deux sont aussi paumées lune que lautre, et lamour qui les lie est si désespéré quil donne lieu à des scènes magnifiques démotion. Il suffit de surprendre le bouleversant besoin daffection que manifeste Selby lors de la première scène pour comprendre que celle-ci ne va pas mieux quAileen. Lune lesbienne, lautre prostituée, elles sont toutes deux rejetées par la société américaine. Société hypocrite, qui refuse de regarder ses marginaux : ainsi les hôtes de Selby nacceptent pas quune femme comme Aileen puisse pénétrer dans leur sphère. Une exclusion qui pousse les deux personnages à douter même de leur existence : « Jarrive pas à croire que tu es là », dit Selby à Aileen. « Moi non plus », lui répond cette dernière. Dès lors, chacune voit dans lautre un moyen dexister. Elles se persuadent mutuellement quun ailleurs, au bord de la mer, est possible. Pourtant, Patty Jenkins ne se contente pas de ce seul déterminisme social pour évoquer la destinée dAileen. Sa grande intelligence est dadmettre clairement la culpabilité individuelle de son (anti)héroïne. Une gradation habile est distillée entre les différents meurtres : alors que le premier relève de toute évidence de la légitime défense, les seconds humanisent de plus en plus les victimes masculines, soulignant ainsi les dérapages dAileen. Car, contrairement à ce que prétend celle-ci, elle a le choix. Tuer nest plus un moyen de sauver sa vie, mais de tenter den changer. En vain. Car Aileen a beau se mentir à elle-même et prétendre quelle délivre une sorte de justice, elle sait bien quelle est coupable, et senlise chaque jour un peu plus, changeant désespérément de voiture pour précipiter sa fuite en avant. Si bien que cest au moment de larrestation inévitable que Patty Jenkins déploie un unique fondu au blanc, comme délivrance dune existence infernale. Son tour de force est de baigner continuellement dans le sordide sans que son film le soit. Elle sattache juste à une figure de femme complexe et terrifiante. A qui renvoie le « Monster » du titre ? A Aileen, tueuse en série qui jure quelle est « une personne bien » ? A Selby, monstre dégoïsme qui laisse son amie se prostituer pour lentretenir ? A la société toute entière, qui ne laisse aucune chance à ses marginaux ? Patty Jenkins propose une dernière solution, peut-être la plus belle : « Monster », cest le nom dun manège qui fascinait Aileen quand elle était petite et qui, une fois quelle était montée dedans, la fait vomir.
« Monster », cest peut-être simplement la vie, qui noffre jamais ce quon attend delle AV