Mystic river (2003)

de Clint Eastwood

avec Sean Penn, Kevin Bacon, Tim Robbins, Eli Wallach, Tom Guiry

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE

Jimmy Markum, Dave Boyle et Sean Devine ont grandi ensemble dans les rues de Boston. Rien ne semblait devoir altérer le cours de leur amitié jusqu'au jour où Dave se fit enlever par un inconnu sous les yeux de ses amis. Leur complicité juvénile ne résista pas à un tel événement et leurs chemins se séparèrent inéluctablement.
Jimmy sombra pendant quelque temps dans la délinquance, Sean s'engagea dans la police, Dave se replia sur lui-même, se contenta de petits boulots et vécut durant plusieurs années avec sa mère avant d'épouser Celeste.
Une nouvelle tragédie rapproche soudain les trois hommes : Katie, la fille de Jimmy, est retrouvée morte au fond d'un fossé. Le père endeuillé ne rêve plus que d'une chose : se venger. Et Sean, affecté à l'enquête, croit connaître le coupable : Dave Boyle...

LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE

Tout converge vers la Mystic River. De ses eaux calmes et impénétrables, elle ouvre et clôt le film. Séquence après séquence, de jour comme de nuit, Clint Eastwood revient toujours vers elle. C’est qu’elle est le symbole du cœur même du film : la culpabilité. Elle est la mémoire de toutes les atrocités qui ont pu être commises le long de ses rives. Pourtant, nul besoin de mémoire. Chacun des trois personnages principaux de Mystic River gardent encore présent à l’esprit les événements du passé. Et particulièrement ce jour fatal où, alors qu’ils étaient enfants, Sean et Jimmy ont vu leur ami Dave monter dans la voiture de faux policiers dont il n’est revenu que quatre jours plus tard, après avoir été violé à plusieurs reprises. C’est la première séquence du film : Eastwood annonce ainsi clairement que tout ce qui va suivre découle de là. Et notamment le meurtre, trente après, de la fille de Jimmy, qui ranime les vieux démons. Tout l’intérêt du film va alors être de traquer, chez les personnages, les cicatrices indélébiles que le drame vécu par Dave a pu laisser. Et les pistes sont brouillées : Sean, devenu flic, est chargé d’enquêter. Jimmy, la forte tête, a épousé la cousine de la femme de Dave. Quant à Dave, il est rentré chez lui couvert de sang la nuit du crime… On ne vous fera pas l’injure de dévoiler le coupable. Pourtant ça serait fort nécessaire pour mettre en lumière les liens qui unissent inextricablement bourreaux et victimes, traumatismes et culpabilités. Une chose est sûre : tout crime qui n’a pas été commis aurait tout aussi bien pu l’être. Le film est construit comme un crescendo, où les personnages se resserrent implacablement autour de ce lointain jour fatal, qui finit par tous les contaminer. C’est pourquoi toute la dernière partie de Mystic River, tendue, désespérée, est admirable. Et le réalisateur a l’élégance de nous faire grâce des averses interminables qui hantent tous les films noirs hollywoodiens depuis Seven. Heureusement, car le début fait d’abord très peur : des acteurs qui en font un peu trop, une mise en scène qui manque de pudeur, des dialogues stéréotypés. Force est de constater que les scènes sentimentales ne sont guère convaincantes. Patience : le film, indéniablement, se révèle captivant, et les deux heures vingt passent à une vitesse étonnante - vous ne prendrez conscience des lourdes coïncidences qu’en sortant du cinéma. Peu à peu, le spectateur se retrouve plongé dans des eaux de plus en plus troubles. Et lorsque la violence finit par éclater, mue à la fois par la rage, la douleur et la peur, elle se fait insoutenable parce que désespérée. Peu de lueur au final ; bien au contraire, Eastwood, insidieusement, semble dresser le constat d’un Dieu muet. Il multiplie les vues en hélicoptère, comme pour nous suggérer la présence d’un œil omniscient. Mais bien souvent, la caméra se tourne vers un ciel aussi blanc qui vide. Les personnages, à plusieurs reprises, lèvent les yeux et scrutent eux aussi un espace au-dessus d’eux en quête d’aide ou d’un pardon. Ils ne trouvent rien. Ni oubli ni rédemption ne sont dès lors possibles. Chacun devra continuer ; ceux qui restent, on le sent, sont eux aussi de futurs meurtriers. En attendant, il s’agit de s’arranger du mieux qu’on le pourra avec nos consciences. Et pas d’illusions : il n’y a pas d’innocent… AV

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