Les chiens de paille (Straw dogs)

de Sam Peckinpah

avec Dustin Hoffman, Susan George, David Warner...

PRESENTATION DU FILM SUR LE SITE DE CINECINEMA

David Sumner, jeune intellectuel, s'installe dans une ferme du pays natal de sa femme pour fuir à la violence de la ville. Pour effectuer des travaux chez lui, il engage des jeunes gens désoeuvrés du village, dont Venner, un ancien amant d'Amy, son épouse. Alors que David est absent, ils violent Amy, mais celle-ci cache tout à David. La tension commence à monter et la violence éclate lorsque, au cours d'une fête, l'idiot du village est pris en chasse par Verner et ses amis, pour avoir voulu séduire une adolescente.

"Les Chiens de paille" est le premier film de Sam Peckinpah à ne pas être explicitement un western. Il s'en rapproche pourtant par son thème : la lutte armée pour la défense d'un territoire.

MA CHRONIQUE

Voilà un thriller qui ne repose pas sur un serial killer assoiffé de sang ou sur un monstre quelconque terrifiant une communauté d'Américains moyens. Voilà un thriller qui n'a pas recours à des effets grandiloquents et flippants: pas d'effets spéciaux, pas de musique crispante anticipant l'horreur, rien de tout l'attirail habituel si ce n'est la tension dramatique et le final haletant. Mais c'est justement pour cela que ce thriller est époustouflant et ne s'oublie pas une fois consommé. Ce film absolument prenant et effrayant fait naître l'angoisse et la peur à partir du quotidien le plus banal, à partir de ce qui est d'habitude rassurant et normal, apaisant. Le mal, l'horreur, la terreur ne viennent pas d'une source extérieure mais d'êtres ordinaires, apparemment inoffensifs. et le déchainement des évènements est enclenché par le réveil des pulsions animales et primitives jusqu'alors enfouies et dissimulées dans un contexte bien particulier.

Entre les habitants de ce village, des hommes frustes, vulgaires , plutôt primaires, instinctifs , passant leur temps à boire des bières au pub et ce couple d'étrangers intellectuels, raffinés et idéalistes qui vient s'installer dans le coin, le fossé semble énorme. Pourtant, imperceptiblement, par petites touches, le réalisateur met en place entre les deux camps des passerelles ( il y a certains points communs comme par exemple le rejet de ce qui est incompris et qui fait peur , à savoir le simple d'esprit du village qui fait peur également à le femme de Dustin Hoffman) mais aussi et surtout un jeu de répulsion-séduction qui va certes tourner très mal mais où l'ambiguité sera mise à jour, comme si le couple cherchait inconsciemment à se mettre en danger, à créer l'opportunité de laisser s'exprimer sa face sombre. La violence et le mal ne sont finalement jamais totalement dénués de pouvoir attractif et ils ne sont pas répartis de manière aussi évidente et distincte qu'à première vue. Même si moralement, le spectateur reste du côté du couple et plus particulièrement du personnage interprêté par Dustin Hoffman (comme toujours excellent) jusqu'à la fin, ses repères ont été questionnés et brouillés, ses propres représentations de lui -même ont été secouées tout comme pour le personnage de Dustin Hoffman et qui à la fin "ne sait plus où (il) habite". Chacun se rend compte qu'il n'est peut être pas si blanc qu'il le croyait.

Sam Peckinpah nous livre un film dérangeant et troublant en même temps qu'un thriller très efficace, qui nous interroge à la fois sur notre position en tant que spectateur confronté à la violence du spectacle et sur la nature équivoque de l'homme. PC

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