Dans ma peau (2002)

de Marina De Van

avec Marina De Van, Laurent Lucas, Léa Drucker, Dominique Reymond, Thibault de Montalembert

LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE

 

Avis aux âmes sensibles : il faut avoir le cœur bien accroché pour aller voir le premier long-métrage de Marina De Van. Car cette exploration de l'automutilation est probablement l'une des expériences les plus éprouvantes de l'année. La réalisatrice s'attaque de front à ce problème de l'autodestruction, et va jusqu'au bout de son projet. Il aurait été hypocrite de sa part de se détourner lors des scènes de blessures, alors que le principe même de l'automutilation réside dans ce rapport bien particulier qui est entretenu avec le corps, avec son goût, sa matière, son odeur. Marina De Van montre donc. Elle filme, sans aucun voyeurisme malsain ni désir de provocation, cette histoire d'amour monstrueuse qu'est Dans ma peau.

 Là réside tout le déséquilibre d'Esther, l'héroïne. A la suite d'un accident, elle réalise qu'elle et son corps font deux. Que la douleur n'a pas prise sur elle. Qu'elle ne sait rien de ce corps qui l'enveloppe. Dès lors, fascinée par cet inconnu, elle va s'attacher à l'explorer, à goûter cette peau et ce sang dont elle n'avait pas conscience auparavant, allant jusqu'à se manger elle-même. On peut bien sûr y voir une métaphore purement sexuelle : la jouissance qu'éprouve Esther à se mutiler est comparable à un orgasme. Mais c'est réellement d'amour qu'il s'agit. Ainsi, la jeune femme garde dans son portefeuille des bouts d'elle-même comme d'autres y glisseraient des mots d'amour. Elle se rend dans un hôtel pour se dévorer comme d'autres rejoindraient un amant. La mise en scène de Marina De Van va d'ailleurs dans ce sens : feutrée, presque sensuelle mais sans jamais susciter la moindre fascination malsaine chez le spectateur, elle donne la sensation qu'Esther est réellement en présence de quelqu'un d'autre. Dès lors, l'interrogation du compagnon de l'héroïne paraît bien décalée : "Tu n'aimes pas ton corps ?", lui demande -t-il. Si, justement, elle l'aime, son corps ; elle l'aime de cette passion qui dévore tout.

Voilà une autre force de Dans ma peau : cette vie que menait Esther avant, c'est la vie de milliers de gens. Un travail, un homme, des amis. Certes, certains feront preuve d'une belle indifférence durant cette descente aux enfers. Mais d'autres, tel son compagnon (le toujours parfait Laurent Lucas), réagiront, tenteront de l'aider. En vain. L'interprétation extraordinaire de Marina De Van, l'actrice, loin de tout exhibitionnisme, est un cri de détresse face auquel le spectateur ne peut rien. A la fin du film, le naufrage d'Esther est inéluctable. On ressort de cette petite heure et demie de projection presque traumatisés. En se disant qu'entre Spider le schizophrène, l'"Adversaire" le parricide-infanticide et Esther l'auto-mutilée, le monde d'aujourd'hui va vraiment mal... AV

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