La petite Lili
de Claude Miller
avec Ludivine Sagnier, Bernard Giraudeau, Nicole Garcia, Robinson Stévenin, Jean-Pierre Marielle, Julie Depardieu

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE
Mado, une actrice célèbre, passe ses vacances d'été dans
sa propriété en Bretagne, en compagnie de son frère Simon, de
son fils Julien qui veut devenir cinéaste et de Brice, son amant
du moment, réalisateur de ses derniers films.
Les relations de Julien avec sa mère sont très tumultueuses. Ce
dernier est fou amoureux de Lili, une jeune fille de la région
qui ambitionne d'être comédienne.
Celle-ci considère Julien avec tendresse mais elle est fascinée
par Brice, un metteur en scène reconnu qui semble sensible à sa
grâce. Un jour, Lili lui propose de tout quitter pour l'emmener
à Paris.
Cinq ans plus tard, Lili est une actrice célèbre. Elle n'est
plus avec Brice. Elle apprend par hasard que Julien va tourner
son premier long métrage et qu'il parle d'elle...
LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE
Ne lisez pas la pièce de Tchékhov avant de voir de ce film. Vous risqueriez dêtre déçus. Tchékhov, cest la solitude inéluctable de lêtre humain. Les rêves inaboutis. La résignation, en attendant un monde meilleur dans lau-delà, puisque le monde terrestre est déserté par Dieu. Tchékhov, cest cette humanité cruelle et infinie attachée à chaque personnage, y compris le plus petit second rôle.
La Petite Lili, ce nest pas cela. Les personnages, ici, ne font pas du surplace. Ils ont la possibilité davancer, daller quelque part, pour le meilleur et pour le pire. Leur malheur, cest quils sont enfermés dans des rôles quils sobstinent à jouer. Alors la première partie du film se place essentiellement sur les conflits, les heurts, les tensions. Une mère qui craint de voir son fils occuper une place plus importante que la sienne dans le domaine où elle était reine jusque là : le cinéma. Un réalisateur célèbre qui joue sans cesse au réalisateur, cherchant à voir des idées de film là où il ny a que des gens qui vivent. Un cinéaste en herbe qui hurle son mépris à la tête de ceux que, de toute évidence, il admire. Une jeune fille qui brûle dun amour timide que tout le monde voit sauf lintéressé. Un vieil homme grincheux qui se complaît dans le cynisme et le désenchantement. Et puis, la petite Lili. Petit bout de femme aux immenses yeux bleus, sixième sur Lisbon toute droite sortie de Virgin suicides, le film de Sofia Coppola. Dans ce jeu de rôles, elle est lincarnation lumineuse de la pureté et de linnocence. Mais, comme les promenades en été, tout cela na quun temps. La petite Lili est happée par le monde. Elle devient Emilie, actrice surmenée, vraie femme quoi. Toutes les promesses quelle offrait se sont dispersées. A jamais ? Non, répond Claude Miller, quittant définitivement Tchékhov. Il reste encore une chance de retrouver cette pureté perdue : le cinéma. Et voici la mise en abîme, le film dans le film. Troublant retour à la case départ, que ces scènes qui se déroulent à nouveau sous nos yeux, à la fois semblables et différentes à celles que nous avions vu. Et voici Mado, Brice, Lili, jouant lors dun tournage cette fois les rôles quils endossaient malgré eux dans la vraie vie. La petite Lili est la tentative de faire revivre ce qui sétait perdu à jamais. Bouleversante tentative. Le film de Miller a cette beauté quil fait une fin heureuse dun constat déchec. Avec toute la cruauté que cela comporte : « mon pessimisme est moins tragique que ton optimisme », assène Simon à sa sur Mado. Dès lors, on comprend que le réalisateur a tenté délaborer une antidote au désespoir douloureux de Tchékhov. Il natteint pas le sublime du grand auteur russe. Son uvre est moins grandiose, mais elle est plus réconfortante. Au fond, le seul vrai personnage tchékhovien du film est incarné par Jean-Pierre Marielle (dont la prestation mériterait une déclaration damour). Il ne lui est jamais rien arrivé dans la vie, dit-il. Et de ce fait il ne lui arrivera rien. Et lon aurait tort dironiser sur le magnifique message que lui laissent ses proches durant sa sieste : « On t'a laissé dormir. Tu avais l'air heureux». Instants de pureté arrachés à la vie Et que le cinéma parvient à recréer.AV