Raja (2003)

de Jacques Doillon

avec Pascal Greggory, Najat Benssallem, Ilham Abdelwahad, Hassan Khissal, Fatiha Khoulaki

SYNOPSIS SUR LE SITE D'ALLOCINE

Raja est orpheline. Elle a connu le pire. Et elle ne croit pas que la vie puisse soudainement devenir meilleure. Quitte à survivre, elle voudrait travailler "honnêtement".
Lui, c'est Fred. Un occidental, un type qui, sentimentalement, ne vaut plus grand chose. Quand il la rencontre à repiquer du gazon dans son jardin, elle lui plaît immédiatement. Il veut juste la séduire.
Raja sent qu'il veut seulement s'amuser avec elle, qu'il la laissera vite tomber, et en abondon, elle s'y connaît. Pourtant cet homme-là, elle aimerait pouvoir croire en lui..

LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE

Après Carrément à l’ouest, Jacques Doillon s’offre un petit détour par le Maroc. Soient donc un Européen d’une quarantaine d’années richissime (Pascal Greggory) et une jeune Marocaine de vingt ans sans le sou (Najat Benssalem). Elle parle mal le français, il ne connaît pas un mot d’arabe. Quelle relation peut-il en sortir ? Une relation faussée, nécessairement. On considère d’ordinaire que des amants n’ont pas besoin de parler pour se comprendre ; Jacques Doillon va s’employer à démontrer le contraire. Au début, par l’humour : il joue du décalage entre les propos du Français et les moqueries des jeunes filles marocaines, qui savent pertinemment qu’il ne comprendra pas. Et puis, petit à petit, ce barrage de la langue pose un vrai problème. Chacun se méprend sur le compte de l’autre, et les servantes, aides précieuses chez Marivaux, pervertissent tout par des traductions fausses. Dès lors, Raja et Frédéric tentent de trouver autre chose ; ça sera l’argent. Erreur fatale. Frédéric ne veut pas se lancer dans une nouvelle histoire d’amour : par sa puissance, il espère simplement s’attirer les faveurs de Raja. Elle tente d’échapper un peu de sa misère. Au départ, tous deux sont mus par l’intérêt. Puis, on ne sait pas exactement à quel moment, le désir naît, véritable ; mais il est alors trop tard. Il ne veut pas l’acheter, elle ne veut pas se vendre, c’est pourtant ce qu’ils font, certains que c’est la seule manière de retenir l’autre. Dès lors, tout repose sur des rapports de méfiance, de peur : ils avancent, ils reculent, coincés. Le film souffre d’ailleurs lui-même de ces errances, et fait par moments du surplace. Mais toujours émane cette énigme du sentiment amoureux, par lequel les personnages voudraient tant et peuvent si peu. Plus ils se font vulnérables et meurtris, plus ils gagnent en humanité. Ainsi, Frédéric, tout d’abord insolent d’assurance, de fausse nonchalance et de cynisme, finit par se mettre en danger, s’exposer tout entier. Et Raja, que rien ne distinguait des autres jeunes filles, devient une figure obstinée et exaltée. Pour conter cette histoire de désir frustré, Doillon refuse à la fois la fougue passionnée et la distance glaciale. Il nous livre un jeu d’ombres et de lumière, dans une grande douceur et une caméra feutrée. Loin de tout exotisme, il filme en terre étrangère des états d’âme universels, et cela sans aucun apitoiement. Tout juste pourra-t-on trouver pathétique cet homme qui, cherchant du « cul léger », finit par rencontrer les affres de la passion. Aucune larme ne sera versée, donc. Seule se fera ressentir l’idée presque insoutenable d’un gâchis irréparable. AV

retour films

retour loisirs

retour accueil