Rendez-vous
d'André Téchiné
avec Juliette Binoche, Lambert Wilson, Wadeck Stanczak, Jean-Louis Trintignant

PRESENTATION DU FILM SUR LE SITE DE CINECINEMA
Jeune actrice, Nina monte à Paris se faire un
nom. Elle rencontre le timide Paulot puis Quentin, l'écorché,
avec lesquels elle a des amours tumultueux... Fascination,
domination, rejet vont tour à tour bouleverser l'existence de
ces personnages désespérés qui, pourtant, ressentent le besoin
de vivre.
André Téchiné et Olivier Assayas travaillèrent de concert
sur le scénario et les dialogues de ce film intense et fiévreux
qui rafla le Prix de la Mise en Scène à Cannes, 1985.
Remarquables, Juliette Binoche obtint en 1986 le Prix Romy
Schneider et Wadeck Stanczack, le César du Meilleur Espoir.
MA CHRONIQUE
Dès les premières images du film, ce paysage vu d'un train en provenance du Sud-Ouest et arrivant sur Paris, on sent que ce film va nous parler d'une période charnière de la vie de l'héroïne interprêtée par Juliette Binoche, cette période où l'on se demande ce qu'on va faire de sa vie. Et cette Nina, nourrie par son goût du théâtre, par une forme de romantisme idéalisé a bien l'intention de vivre pleinement cette nouvelle vie qui s'ouvre à elle dans la capitale.
Le trivial, le quotidien sont d'emblée magnifiés et transfigurés par la forme même du film (sa musique, sa photographie, les attitudes physiques et l'expression spontanée des sentiments et des sensations des personnages, les mouvements de caméra) et le romantisme nous est livré a-priori, de façon brute . C'est un peu comme si les personnages eux-mêmes avaient décidé d'être des figures romantiques et ils jouent à cela dans leur propre vie. Ils s'y croient, serait-on tenté de dire. Et cela est corroboré par le fait que presque tous évoluent dans le milieu du théâtre parisien. Le seul qui semble être bien rattaché à la réalité et ne pas jouer de rôle est Paulot, qui travaille dans unae agence immobilière.
Pourtant, loin d'être des archétypes, les personnages - qu'ils apparaissent d'abord comme fascinants, ambigus (tel le personnage interprêté par lambert Wilson) ou mystérieux et inquiètants (tel celui joué par Jean-Louis Trintignant) ou au contraire qu'ils soient à première vue sains, normaux, ennuyeusement équilibrés (Wadeck Stanczak , alias Paulot)- se révèlent finalement bien plus complexes , à l'image de Nina/ Juliette Binoche, cette provinciale pas si naïve et réservée que cela mais pas non plus aussi frivole et légère que son premier petit ami parisien le laisse entendre.
Ils tirent leur aura romantique - même ceux qui ne l'avaient pas au début tel Paulot- du contexte dans lequel ils évoluent ( ce Paris nocturne si bien filmé, le milieu du théâtre, les rencontres qu'ils font, les liens complexes qui se nouent entre eux).
Porté , voire transporté par le souffle romantique du film, le spectateur ne se rend compte finalement qu'après coup de la banalité de leur situation. Certes, il s'agit de passion mais d'une passion vécue par des êtres communs, quotidiens dans des situations somme toute communes et quotidiennes. Mais ils finissent par être élevés au rang de destins hors du commun de par l'histoire qu'ils vivent, par la complexité des relations qui se tissent, par les mystères qui se créent en chacun d'eux pour les autres et pour eux mêmes.
Téchiné décortique la notion de romantisme en en déchirant le voile superficiel pour mieux nous en faire voir le coeur réel et battant. Le romantisme est finalement ouvert à tous, et nous sommes tous des personnages romantiques en puissance. PC