Respiro (2002)

de Emanuele Crialese

avec Valeria Golino, Vincenzo Amato, Francisco Casisa, Veronica D'Agostino, Filippo Pucillo, Emma Loffredo

LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE

 

Peut-on être mariée, mère de trois enfants et aller se baigner nue dans la mer? Oui, semble répondre Grazia (Valeria Golino), figure centrale de Respiro, sur laquelle les hommes se retournent. Evidemment, une telle attitude apparaît comme une provocation au petit village sicilien dans lequel elle évolue. Comment les esprits bien pensants supporteraient-ils cette mère qui boit de la bière avec les hommes et refuse que l'on "corrige" son enfant lorsqu'il a fait une bêtise? Mais surtout, Grazia est jeune, belle et mord la vie à pleines dents. Plus enfant que femme, elle n'est pas si éloignée d'Antoniella, sa fille adolescente. L'une monte sur les bateaux des inconnus, l'autre réclame nonchalamment une cigarette à un gendarme... Toutes deux jalousement surveillées, d'ailleurs, par Pasquale et Filippo, les deux garçons.

 

Mais les élans de Grazia ne vont pas sans éclats de fureur spectaculaires, et les villageois ont tôt fait de la traiter de folle. C'est vrai qu’elle est un peu déséquilibrée, Grazia, un peu instable ; capable d'un instant à l'autre de chanter à tue-tête, puis de s’abandonner, prostrée, sur son lit. « Quant elle est contente, elle est trop contente, quand elle est triste, elle est trop triste », dit-on d'elle. Mais ce qu'elle montre surtout à travers ces excès, c'est qu'elle est dotée d'un fol appétit de vivre, qui emporte tout. D'où ces multiples scènes où Grazia se jette à la mer comme on se suicide, et rejaillit des flots comme autant de renaissances. Ce personnage extrême trouve sa parfaite incarnation en Valeria Golino, à la sensualité innocente, qui illumine chaque image ; c'est bien simple, on ne voit qu'elle.

 

Toutefois, si on s'attache indubitablement à cette femme-enfant, libre de toute contrainte et prisonnière de ses emportements, il faut reconnaître que, dans son insouciance, elle fait profondément souffrir son entourage. Son mari, d'abord, qui, s'il cède de manière un peu lâche aux pressions extérieures, n'en est pas moins profondément amoureux de cette femme qu'il ne comprend pas toujours. Ses enfants, ensuite ; et particulièrement Pasquale, l'aîné. Sans le savoir, Grazia se sert de l'attachement amoureux de son fils pour elle et; lui faisant jouer le rôle de l'homme qu'il n'est pas encore, le charge de responsabilité trop lourdes pour lui. Alors Grazia, ange ou démon ? Probablement les deux, et le film, dans son alternance de scènes comiques et tragiques, traduit ce balancement et trouve ainsi un bel équilibre, en dépit de quelques longueurs sur la fin. Dans son ensemble, il fait cependant preuve d'une belle légèreté, porté par les paysages siciliens, sauvages et abrupts à l'image de l'héroïne. Et puis il y a, fugace, cette évocation de l’enfance et de l’adolescence, à la fois tendre et canaille. Un rayon de soleil, dont le succès aussi fulgurant qu’inattendu est amplement mérité ! AV

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