Scènes de crimes (2000)

de Frédéric Schoendoerffer

avec Charles Berling, André Dussollier, Ludovic Schoendoerffer

PRESENTATION DU FILM SUR LE SITE DE CINECINEMA

Deux policiers sont sur la piste d'un tueur en série mais ils doivent régler leurs problèmes personnels alors que l'enquête piétine.

Avec ce polar, Frédéric Schoendoerffer réalise son premier long métrage qui évoque "La 317e Section" de son père Pierre Schoendoerffer. Charles Berling et André Dussollier jouent des enquêteurs tiraillés entre vie familiale et exigences professionnelles. La narration repose sur une observation minutieuse du travail des policiers dont elle fait bien partager les états d'âmes.

MA CHRONIQUE

A l'évidence, Frédéric Schoendoerffer a voulu en finir avec les aspects esthétisants et excitants de la prodigue production de thrillers formatés déferlant sur les écrans du monde entier. Alors, certes, il raconte une banale histoire de serial-killer mais l'angle d'attaque est très singulier. Le spectateur suit uniquement le point de vue des policiers, et comme pour eux, au départ, il s'agit pour nous d'une simple mais sinistre affaire de disparition qui se révèlera par la suite être liée à une série de meurtres. D'autre part, les policiers sont loin d'être des héros épris de justice, fascinés et motivés personnellement par leur travail et l'enquête en question. Ce sont deux hommes qui ont un boulot, qui suivent les procédures, qui piétinent, qui ont une vie privée avec son lot de problèmes plus ou moins banals et importants. Leur boulot n'est pas présenté comme particulièrement passionant. On est dans l'ordinaire, le quotidien.

Le réalisateur remet ainsi en cause la représentation cinématographique du métier de policier. Par exemple la paire ne finira pas l'enquête ensemble, le quotidien -dans son aspect le plus ordinaire et pathétique ici- se chargeant d'empêcher le film de genre de se dérouler comme prévu. De plus , le film est porteur d'interrogations sur ce métier, sa dureté, et la façon dont ces hommes doivent s'y frotter. Il nous montre les interactions entre la sphère privée et la sphère professionnelle avec justesse et finesse. Enfin, il nous interroge également sur ce qui fait l'intérêt inextinguible du genre policier et il le renouvelle en s'éloignant de la norme centrée sur le spectaculaire ou sur la psychologie d'un psychopathe ou encore sur le courage et l'intelligence hors-norme du policier. Ce qui fait la richesse du genre, c'est son potentiel à décliner les aspects complexes de l'âme humaine et à parler aussi à chacun de nous intimement.

Enfin, paradoxalement, ce film (donc cette fiction) nous fait oublier qu'elle est une fiction en nous faisant ressentir quasi-physiquement l'intrusion soudaine de ce qui parait irréel ,indicible, incroyable, fictionnel -à savoir les horreurs commises par ce père de famille- dans la réalité présentée dans ce film. Cette collision brutale entre le réel ordinaire et l'extraordinaire ( qui intéresse la fiction) nous rappelle que la vraie vie n'est pas un film et qu'un film n'est pas la vraie vie. (à part peut-être ce film... et encore!). C'est un rappel sain et nécessaire à une époque où l'on a du mal à démêler le réel du factice. C'est le film que les protagonistes de "L'appât" de Bertrand Tavernier auraient du voir afin de réaliser la gravité de leurs actes. PC

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