ME ONE

as far as I'm concerned

2000

"enterre la hache de guerre entre les genres: soul, reggae, pop et hip-hop fusionnent dans l'album le plus chaleureux et contagieux du moment [...] cet envoûtant bain de jouvence [...] n'appartenir à aucun gang, aucune école, aucune chapelle [...] surtout un grand disque de voix. Florissantes et radieuses, ou au contraire mélancoliques, un peu fanées, elles sont omniprésentes, comme un délicieux courant d'air chaud pénétrant chaque pièce, chaque espace vacant [...] passant tranquillement d'un flow pesant et langoureux à de renversantes cabrioles vocales lorgnant vers le ragga.Me one mélange les couleurs et varie les plaisirs " (les inrockuptibles)

 

"I'm getting experienced man so / in darkness I burn like a candle / and in this dream it seems I can handle / anything, anything"

"So I ca-ca-came/ Lyrics got to fall like rain / you listen to ya birds on the window payne / singing black man I know the way"

"keep the pride but keep alive today"

"what I got destroys them rooftops / positive words"

"losing everything can happen in a day / so I hope this chapter of the ghetto may show a way"

"do you know where your going to hey / is the only question for you hey"

 

MA CHRONIQUE:

Un disque inclassable reposant sur des formations vocales inspirées du jazz, relayées par la soul et revues et corrigées par le hip-hop, le rap et l'électronique. La voix (et la voie) est libre comme l'air au dessus de rythmes, beats et boucles répétitives légers.La voix comme les rythmes ne trahissent jamais aucune agressivité. Me one invente le rap militant non-violent et positif, le rap Martin Luther King-Gandhi, le rap du grand frère prêcheur lucide qui a fait des études de musique populaire. Me one fait entrer le soleil dans le ghetto universel et tente d'en extraire toutes les forces positives et créatrices dans un album consensuel mais terriblement original.

Old fashioned est un morceau très cool, un hip-hop mélodieux qui nous accueille avec des tap-da-da prometteurs et ludiques. Diverses influences s'entrechoquent dans le rythme et le chant: jazz, soul, funk, musique brésilienne et rap . Il joue avec les influences et la diction des syllabes à la manière d'un Al Jarreau des ghettos. Un ami tente de réconforter une fille maltraitée par son conjoint et le résultat est rafraichissant et revigorant. Twist of fate dont le premier couplet est un hip-hop jazzy sans beat se prolonge avec un beat régulier et mid-tempo sur boucles de guitare obstinément répétitives . Et la voix, les voix divaguent, font des circonvolutions au dessus de ce précipice, planent, plongent, redécollent librement et joyeusement pour chanter un texte qui évoque la quête d'une nouvelle énergie, positive, pour les nouvelles générations des ghettos s'appuyant sur l'expérience des ainés. A base de hip-hop dont il tire les flux positifs, la chanson mêle les vibrations optimistes des musiques noires (soul et jazz notamment). La la hey a un beat rap hip-hop avec force scratches mais l'ambiance est trip-hop et cool sur un rythme tout de même assez soutenu et dansant , porté par la voix qui contribue également à imprimer le rythme. On le sent définitivement heureux. il fait référence au passé douloureux des noirs mais la foi les a toujours et les fait toujours tenir ainsi qu'une solidarité communautaire invisible mais bien réelle. Il réaffirme la force tranquille de cette foi qui s'exprime à travers la créativité et la musique. Game plan est un tube en puissance: rap cool, funky, soul, "hip-pop" avec gimmick à la guitare accrocheur. C'est un morceau très printanier, voire estival. L'influence urbaine des genres musicaux mis en relations dans ce morceau est ici baignée de la lumière du soleil couchant sur la mer, les fleurs poussent dans le ciment, les embruns aspergent l'asphalte et les rollers, les plages jouxtent les trottoirs. Me one se fait ici encore quelque peu prêcheur et invite à prendre la vie comme un jeu, certes difficile, dont on a besoin de connaitre le plan et les règles. Robin hood est un interlude bref et grave dans ce florilège léger et profond mais qui montre que Me one ne prêche pas sans avoir une conscience aigüe de la terrible réalité (des effets dévastateurs de la drogue par exemple). Il nous livre un témoignage parlé juste mis discrètement en musique par un piano en fond. Chapters est un hip-hop presque radical au niveau du beat et des scratches ( quoique un peu ralenti pour se lancer dans des smurfs démentiels) mais il est habillé de velours, de satin, de soul grâce surtout à la basse omniprésente et les voix. Il évoque ici la drogue, le deal qui règne dans le ghetto, les drames qui en découlent mais il est là pour montrer la voie et les détourner de ces forces autodestructrices. That's the flex est un collage à la fois inquiètant et rassurant de bruits de la rue , de messages de répondeurs, de bribes de conversations téléphoniques sur un beat et une basse avant de lancer son hommage aux Beach boys avec la reprise de In my room ,duo (accompagné d'une superbe voix féminine)pop avec vraie mélodie chantée montante qui nous enveloppe dans une couverture moelleuse sur beats raps. Il se réfugie dans le confort douillet, émotionnel , affectif et propice à la confidence et à la création de sa chambre. Une merveille! Do you know est un rap radical dans le phrasé mais sans la moindre once d'agressivité. Le morceau s'appuie sur une boite à rythme et 2 notes d'orgue (?) entêtées et entêtantes. On y sent, grâce entre autres aux mélanges des voix, l'esprit de bande, de groupe, mais pas de gang, groupe où chacun s'entraide, apporte sa contribution, son expérience pour avancer. Message 4 U est un hip_hop funky frôlant le disco sans vraiment le toucher et joueur à l'image de ce refrain fait de jeux d'échos de voix pour louer la créativité- bien le plus précieux-. Frenemy commence comme un rap traditionnel chanté par Dice des Roots, presque un gangsta-rap de par son rythme et son beat et de par son thème (l'histoire d'un casse dont l'un des protagonistes a fui avec le butin et que l'autre recherche pour lui faire la peau) mais c'est l'occasion pour Me one d'une réflexion sur le phénomène des faux frères répandu dans l'histoire des noirs et sur la conscience et les tentations du système et alors le rap se fond dans une douceur méditative et soul. The feel good one est une chanson qui porte bien son titre . Un gimmick gai et enlevé nous entraine sur notre chemin en sifflotant sur un rythme pop assaisonné des sons de la production technologique moderne et d'une mélodie happy-go-lucky agrémenté d'un solo de guitare acoustique ensoleillé. P.C.

 

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