![]() |
MERZ Merz 1999 "Merz invente le cyber-folk mondialiste sur son insolite premier album[...] cherche la transe, la sublimation [...] Sa voix réchauffe les plaines de cybérie [...] touche rarement terre, porté par des courants ascendants qui sont nés en Angleterre et font le tour du monde [...] ouvre les frontières musicales et géographiques" ( inventant du même coup la brit-world?) ( les inrockuptibles) |
"you're in my heart although we are many weathers apart"
"in this warmth an engine grows/ silent talk that soothes my soul/ for it's a motor of emotion"
"Only look into your future/ don't worry about the life you left behind"
"I've got my eye upon your culture"
"I manufacture what you are after with no money"
"I believe in worlds greater than this/ places of bliss"
"the world is going to be better/ and you will see it through"
MA CHRONIQUE:
Si vous aimez classer vos disques dans des catégories et genres bien définis, n'achetez pas cet album déroutant. Merz est une entreprise de démolition des styles musicaux dans lesquels il se glisse pour les détruire de l'intérieur, les faire imploser , n'en garder que le coeur émotionnel afin de créer une nouvelle forme terriblement originale, attrayante et excitante. Tout genre , certes, brise le carcan d'un genre antérieur mais lui s'attaque aux genres les plus récents, pas encore établis et même ceux qu'il vient de créer. Il s'agit d'une remise en cause permanente. Une écoute distraite de cet album pourrait faire penser à du sous-funk, du sous-dance, du sous-rap, et vous pouvez rajouter tous les noms de genre derrière "sous" mais en fait il s'agit de quelquechose de terriblement personnel: du Merz, c'est-à-dire de l'inclassable, de l'indéfinisssable.
Many weathers apart s'élance sur un rythme techno-house-jungle, aux racines africaines mais le chant a des accents funk (mais pas la voix qui sonne ici jeune anglais un peu insolent à la Blur). Une ligne de basse à la manière Chic de The freak nous amène furtivement sur les rives disco-funk puis fait un détour sur les berges trip-hop avant de s'échouer sur quelques scratches hip-hop pour mieux repartir surfer sur des guitares type Santana et s'adonner au parachute ascencionnel au gré de sons aériens et atmosphériques. On sent que Merz s'amuse et prend son pied dans ce morceau plein d'énergie et d'espoir. Les synthés qui forment l'intro de la chanson Engine heart sont empruntés aux débuts de la musique électronique dans les années 70 mais rassurez-vous ce n'est pas Jean-Michel Jarre invité pour quelques titres sur cet album. La guitare acoustique arrive vite . Merz réalise un mélange audacieux d'électronique pure et dure et de pop acidulée classique porté par un chant à la mélodie hypnotique. Il convoque même des guitares quasiment flamenco. L'ensemble donne un OVNI musical non pas purement formel mais au service des émotions à faire passer et à exprimer. Des cuivres et 2 notes de piano nous ouvrent les portes de Lotus et la voix s'élève langoureusement (avec des tonalités à la Bono) sur un titre qui part de façon intimiste avant que la boite à rythmes ne se mette en branle. Des envolées et des harmonies vocales se succèdent à la manière des Silencers. Surgit alors un solo de piano -dont le but n'est pas ,comme souvent dans ce genre d'exercice, de démontrer la dextérité du musicien- vite relayé et prolongé par la section cuivres , le tout sur un rythme qui s'emballe. L'unité du morceau est assurée par la voix planante, la basse et le leitmotiv dispensé par le piano dès le 2ème couplet. Dans ce morceau on passe sans s'en rendre compte d' une chanson à un instrumental. Forsake évoque les balades folk de Dylan, Neil Young ou encore Springsteen par le rythme qu'imprime la guitare acoustique sur fond d'orgue mais la mélodie chantée fait davantage penser à un standard jazz ou même un slow de groupe hard tel Scorpions. Des effluves jazzy parcourent l'épine dorsale de ce morceau (saxo langoureux et cuivres divers). Merz ne semble pas trop savoir où aller mais quelle cohérence dans cette apparente maladresse , quelle détermination dans ces apparentes hésitations! Avec Lovely daughter Merz semble avoir voulu résolument et délibérément faire un tube pour discothèques, une chanson dance, voire disco. Mais en fait il n'y arrive pas vraiment et on n'y croit pas et c'est beaucoup mieux ainsi et nettement plus original . Des scratches, divers sons psychédéliques, de l'électronique et des guitares rock font de ce titre dance une Merz Dance.Le début de cc conscious presque gospel n'est pas fortuit même si rapidement un rythme trop rapide pour le gospel s'invite. La voix part dans des élucubrations et décolle littéralement et le titre fuit dans toutes les directions. Les voix sont passées à travers des filtres . On entend comme des incantations. C'est un gospel voodoo-électro-rap-rock-tout ce que vous voulez. Merz entre en transe et n'en ressort pas. Sur Starlight night, le voilà qui se prend pour un crooner chantant des standards voluptueux et veloutés, dont la voix repose sur un lit moelleux de violons et cordes confortables. Mais la voix n'a pas l'assurance d'un Sinatra et l'électronique émet quelques sons incongrus. Piètre crooner mais tellement plus sincère, authentique, émouvant. C'est un crooner qui ne se la joue pas et qui ne cache pas sa fragilité. Asleep est un morceau ambivalent tiraillé entre l'ambiance hypnotique imposée par le synthé obsessionnel qui invite à la sérénité et au confort et la boite à rythmes speedée, le chant saccadé de ce rap agité et frénétique. La tension qui en découle n'est jamais relâchée , seulement contrebalancée par ce synthé qui revient passer du baume.Blues became est le Gloria "pattismithien" de Merz dont il s'inspire d'ailleurs pour le piano dont les 3 notes sont longtemps répétées comme ci cette fois il tenait à ne plus s'égarer. Pourtant on sent qu'il a du mal à les maintenir, ces 3 notes de piano et finalement il lâche sa horde magique (synthés, violons, guitares, basse , flûtes, formation classique).Progressivement il lâche la bride comme Patti Smith dans ce morceau mythique tiré de Horses mais en utilisant ses ingrédients à lui, ses influences et son savoir-faire. Pour finir, il s'attaque au trip-hop de Massive Attack sur a.m (good morning) dont il emprunte le rythme et le chanté (quoique on y perçoit également des tonalités soul-funk à la Prince).Mais les nappes de synthé type Jarre (eh oui! encore lui!) qu'il déverse à intervalles réguliers sur ce trip-hop le singularise nettement.Le morceau se prolonge par des guitares acoustiques aux influences folk-rock avant le retour de ces synthés qui restituent tout ce mystère et concluent un album époustouflant et surtout très personnel, au ton globalement positif et enthousiaste. P.C.