NEIL YOUNG

Silver and gold

2000

"disque de repos de guerrier et de guerre au repos[...] ode contradictoire à la mobilité et à l'enracinement [...] chaque chanson est un périple tranquille et pudique dans les parages du coeur, où la destination finale importe moins que le parcours accompli, les rencontres, les réminiscences [...] chante les vertus de la passion, sans cacher que celle-ci reste pour lui une forme de salut autant qu'un insondable mystère" (les inrockuptibles)

 

"good to see you / good to see you again / good to see your face again"

"all I want is a song of love / song of love to sing to you"

"people come...seasons go.../ but we got something that'll never grow old"

"angel without wings / owner without things"

"and the dreams that you're having / they won't let you down / if you just follow on / cause you know where you're bound"

"love don't care if you're wrong or right / love don't know if you're black or white / love ain't looking for perfection / love's the answer / love's the question"

 

MA CHRONIQUE:

Neil Young peut-il encore surprendre? Il nous a tout fait dans sa discographie importante: du rock, du folk, de la new-wave, du grunge (Mirrorball), de la country (Harvest moon) et j'en passe. A défaut de surprendre, ce mythe canadien parvient avec ce disque à nous séduire encore avec ses mélodies, ses accords de guitare et son harmonica qui réchauffent le coeur et l'âme. Ici, il aligne des chansons globalement folk-rock-country dans la lignée de After the goldrush et Harvest. Mais chez Neil Young la country n'est pas beauf et cul-cul ; au contraire elle est réflêchie, cultivée et authentique. Il revient et en est heureux: ça s'entend et il le dit.

Good to see you est une chanson de retrouvailles à la fois joyeuse et un brin nostalgique ou mélancolique qui nous invite à repartir faire un bout de chemin ensemble. Ce morceau enlevé, teinté de country, nous offre un petit solo de guitare acoustique à mi-chemin qui a la particularité , me semble-t-il, de déraper à un moment comme ci quelques notes avaient été oubliées par erreur, par maladresse. Ce petit accroc renforce la simplicité voulue de ce morceau , son authenticité, son côté instantané et spontané. Silver and gold nous embarque sur un sentier spirituel. Ce morceau est ficelé un peu à la Simon & Garfunkel pour chanter la supériorité de l'amour sur "l'argent et l'or", l'amour qui vieillit mais se bonifie comme le bon vin. Une douceur singulière envahit cette chanson intime, artisanale, une chanson pour le foyer à écouter enlacés au coin de l'âtre. Daddy went walkin' est un rock teinté de danse cow-boy à la Springsteen -dans l'album The river- en plus doux et seulement dans les couplets mais il est chanté avec la voix de velours de Neil Young. Le refrain est doux et empli de tendresse pour le père, parti un jour. Le couplet qui suit est encore plus doux et attendri, couplet dédié à la mère restée sur le haut de la colline.Neil Young y exprime un immense respect pour ces deux êtres, leur jardin secret, leurs desseins, leur vie et leur fin de vie. Buffalo Springfield again est un rock country où il évoque les jours passés à jouer dans le groupe. La mélodie est teintée de nostalgie mais on sent bien la joie de jouer , comme il l'évoque dans les paroles: "but I'd just like to play for the fun we had / Buffalo Springfield again ". D'ailleurs un petit gimmick à la guitare bien sympa et enjoué ponctue la chanson. Une ligne rythmique folk-rock biensoutenue et soulignée par la basse nous embarque à bord de The great divide et ses vers aux lignes ou plûtot aux boucles mélodiques comme seul Neil Young sait en faire. On ressent une certaine mélancolie euphorisante. Il y affirme peut-être sa volonté de ne pas se compromettre, se trahir, son intégrité, son refus d'aller là où il ne serait pas à sa place (musicalement et émotionnellement sans doute). Il reconnait qu'il y a un fossé, ne le renie pas et l'accepte. Il se trouve d'un côté, peut-être celui du passé mais il l'assume. Dans le titre suivant Horseshoe man c'est le piano qui porte la chanson mais le chant reste typiquement "youngien". Cette chanson s'interroge sur le sens de la vie et de l'amour et invite un personnage "youngien", énigmatique et prophétique, le "horseshoe man".Nous sommes gratifiés d'un beau solo triste de piano au milieu. Red sun invite une voix féminine sur une chanson folk-country où il affirme des valeurs d'amour et de fidélité, d'humilité. Il poursuit avec une chanson classiquement "youngienne" , sorte d'hymne à ce qu'il a toujours chercher à faire: "une chanson d'amour". Razor love est une chanson envoûtante où la guitare acoustique et le piano sont à égalité, chanson envoûtante donc, comme pour signifier l'envoûtement par l'être aimé. L'album se termine par une chanson folk qui développe le même shéma , Without ring. On pense évidemment à Dylan mais aussi à Leonard Cohen car la voix se fait plus grave. Place est faite au texte métaphysique et intime chantant la solitude originelle et la quête difficile de l'autre. Mais l'album qu'on vient d'écouter nous a montré que cette quête n'est pas vaine. Cette chanson est aussi , symétriquement à Good to see you une façon de prendre congé ...jusqu'à la prochaine fois. Neil Young nous signifie qu'il repart sur les sentiers géographiques et spirituels en quête d'autres vérités.

Un album très intime dans sa thématique et sa texture musicale, Silver & gold entretient un rapport tout particulier et personnel avec l'auditeur. Cet album est réellement très attachant. P.C.

 

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