La nuit américaine (1973)
de François Truffaut
avec Jacqueline Bisset, Valentina Cortese, Jean-Pierre Aumont, Jean-Pierre Léaud, Alexandra Stewart

LA CRITIQUE D'ALEXIA VANHEE
La Nuit américaine est, en quelque sorte, la synthèse des trois figures de François Truffaut que lon lui connaît bien : Truffaut réalisateur, Truffaut acteur, Truffaut amoureux du cinéma. Le cinéaste se livre en effet à une vertigineuse mise en abîme de son art, puisquil nous livre un film dans le film ; il suit le tournage, semaine après semaine, dun film précisons-le demblée, fictif Je vous présente Pamela. Largument du film peut se résumer à ce seul état de fait. Il se révèle néanmoins le point de départ dune sérieuse réflexion sur les métiers de réalisateur et dacteur, et sur le chaos qui peut régner lors de lélaboration dune oeuvre.
Ainsi, jour après jour, les difficultés surviennent, saccumulent : problèmes financiers, contretemps techniques, caprices de stars Le cinéaste se voit obligé de tout assumer, de tout prendre en charge. Et voilà lartiste devenu manager ! De son côté, lacteur se doit de rentrer dans la peau de son personnage, tout en tenant compte des indications de déplacements, de la lumière, des sautes dhumeur de son partenaire
Ce que montre parfaitement Truffaut, cest quun tournage est une lutte perpétuelle pour ne pas se laisser emporter, dune manière ou dune autre, par le tumulte quil génère Mais de cette agitation doit nécessairement naître quelque chose. Au-delà de ces divergences, de ces petits tracas et gros soucis, Truffaut montre aussi une équipe de tournage, qui, réunie pour un temps déterminé, est néanmoins animée du même désir : apporter, dans la mesure des capacités de chacun, sa contribution à luvre en genèse. De ce point de vue, La Nuit américaine est probablement lune des meilleures évocations du métier même du cinéma, qui gomme tout glamour au profit dune honnêteté et dune délicatesse exemplaires. Un témoignage qui épouse la personnalité même de Truffaut, lequel joue lui-même le rôle du réalisateur. Mais les jeux en miroir vont plus loin, puisque lacteur du film-fiction est interprété par le toujours excellent Jean-Pierre Léaud, que lon considère habituellement comme le double même du cinéaste des Quatre cents coups. On la compris, La Nuit américaine est une déclaration damour de plus au Septième art, dans toutes les possibilités dexpressions quil recèle. AV