"Josh Haden [...] aurait plutôt le profil inébranlable d'un bon vieux musicien traditionnel." "...le patron de Spain s'obstine à cultiver son petit lopin de chansons, laissant à d'autres le soin d'aller visiter dans ses grandes largeurs le monde de la musique. Bâti sur la même assise instrumentale que les deux premiers albums du groupe (guitares, basse, batterie, orgue)" "...l'enveloppe fragile de ses compositions, qui ressuscitent à leur façon l'esprit du country-gospel sans en adopter directement les attributs sonores: une musique à la fois chargée et aérienne, passionnée et pétrie d'humilité." "...bonheurs simples de la sédentarité" Les inrockuptibles.

"La musique de Spain, qui est une affaire d'équilibre, de simplicité et de lenteur, n' aps pour vocation d'être moderne." "Je voulais traiter des liens étroits entre la foi religieuse et la passion, entre l'amour que l'on peut éprouver pour Dieu et celui que l'on peut ressentir pour une femme".Josh Haden.

"Oh do you see the light/ Girl it shines so bright"

"I just want / To take you home/ And make your body move"

"And you'll see/ This love exists"

"Girl you know now I believe"

"Yes it was/ That was love"

"Why oh why she left I'll never know/ But that was a long/ That was a long time ago"

 

Le nouvel album de Spain, I believe, est un recueil de chansons habitées, empreintes à la fois de mysticité et d'une sérénité quasi-religieuse. C'est un recueil de chants d'église, mais une église pop où Dieu est une fille sensuelle, où la foi est l'amour de la sensualité et la sensualité de l'amour, où les orgues d'église sont remplacés par l'orgue de Ray Manzarek (des Doors) ou en l'occurence pour Spain celui de Shon Sullivan, où l'on célèbre le mariage des guitares acoustiques et électriques, où l'on alterne les chansons douces,introspectives et intimes avec des chansons plus entraînantes célébrant la communauté humaine vénérant l'amour et à reprendre en choeur à l'office où l'on ne partage pas l'hostie mais le joint (inoffensif) et les fleurs pacifistes, une église où l'on entre en transe mais une transe planante et mesurée, raisonnable. Ce disque est le recueil de chansons d'une église restant humble, à hauteur d'homme, sans miracles, sans rites, sans jugements moraux, prônant la sensualité et l'amour sincère (mais pas l'amour libre des années psychédéliques qui a été assimilé depuis longtemps mais l'amour réel, le sentiment amoureux) , au mysticisme dépouillé de ses délires mais conservant son lyrisme. Ce disque est une pure merveille portée par la voix grave et douce, comme glissant sur du velours de Josh Haden.

 

She haunts my dreams nous cueille avec une guitare acoustique qui imprime un rythme mid-tempo folk-rock évoquant Dylan, Patti Smith ou encore Neil Young relayée par un gimmick de guitare électrique suggérant l'obsession lancinante du rêve qui le hante. Elle hante ses rêves mais c'est bien agréable. La musique m'évoque l'image d'un type heureux, épanoui se rendant chez la fille qu'il aime et cette chanson traduit le bien-être et l'excitation mêlés, elle immortalise ce ressenti, cet instant et le prolonge. Ce morceau dégage une certaine forme de sérénité atteinte après des périodes de doutes et d'incertitudes.Pourtant, les paroles font allusion à un amour passé, fini ( oh the feeling never went away/ like she did ) mais l'amour , lui, demeure dans ses rêves, seuls restent ses rêves d'elle , sans ressentiment ni tristesse liée à la séparation. Le sentiment de plénitude demeure. Il croit en l'amour tout comme les croyants, malgré la mort du Christ sur la croix, continuent à vivre par son message et à en éprouver du bien-être. Born to love her est une véritable déclaration de foi en l'amour , l'amour qui nous enveloppe et nous fait planer. L'orgue en fond et la guitare acoustique nous font décoller mais il n'y a pas de loopings : on plane mais ça reste controlé et rassurant. You were meant for me prolonge et développe la même thématique, à savoir la foi en l'amour. Le rythme est hypnotique et mystérieux, comme si l'amour-comme la foi- tombait sur l'homme de façon inattendue et inexpliquée. Oh girl remplace les "Oh lord" des chants religieux. Le morceau est empreint de sensualité. La foi l'a touché la nuit dernière ( Last night / Was just like a dream / Oh girl / You were meant for me ). Il a eu la révélation et cette révélation a eu lieu dans un contexte qu'on imagine sensuel. Dans Do you see the light il semble perdre le contrôle imprimé par la guitare électrique mais il le reprend après les quatre premiers couplets mais il va le reperdre à nouveau sans jamais parvenir à le reprendre cette fois-ci, emporté par le riff élégant des guitares. Il capitule et se laisse emporter, se laisse submerger par l'émotion, l'exaltation, par un sentiment d'urgence bien agréable et non angoissant. Le titre suivant Mary allume une flamme qui vacille mais qui ne s'éteint pas, une flamme qui danse lentement, sensuellement. C'est une chanson lente, comme une prière. Tout est douceur dans ce titre , même dans les ruptures de rythme, Josh Haden a le souci de la recherche de la douceur comme s'il craignait d'être trop brutal. Cette douceur extrême ainsi que le solo d'orgue créent une ambiance très intime où l'être aimé est assimilée à l'image d'une sainte, entourée de voiles blancs, de cierges et d'un halo de lumière mais à la différence que cette Mary serait allongée sur un lit et nue. L'orgue hypnotique de Make your body move fait penser un peu à Gainsbourg et à la chanson Ex-fan des sixties. On imagine d'ailleurs très bien Jane Birkin chanter cette chanson qui est un hymne à la sensualité,ponctué par des ooh à la fois révélateurs de désir sensuel et de grâce divine. Dans les paroles Josh Haden mélange des couplets évoquant l'amour charnel (I just want / To take you home / And make your body move )et des couplets évoquant les sentiments ( And you'll see / This love exists / We found a love so true ). I believe évoque l'histoire d'un type qui s"est sorti de la détresse (sans doute un échec amoureux) grâce à l'amour ( Day comes from night ), qui renait grâce à une fille. Cette renaissance sereine est bien rendue par les guitares (acoustiques et électriques) qui impriment un rythme et dessinent une mélodie exprimant une joie qui fait aller de l'avant. On frise l'excitation mais comme dans toutes les chansons de cet album, on n'est pas dans l'insouciance adolescente mais dans la maturité adulte éclairée. Oh that feeling est une chanson qui encore une fois évoque la révélation divine, celle de l'amour, dans un contexte sensuel. L'orgue lance cette chanson très lente qui met en scène musicalement l'apparition, la révélation. Au moment où il chante That was love les cymbales tout en douceur matérialisent l'apparition et quelques notes de piano s'invitent comme pour la ponctuer. If we kissed est une chanson de béatitude : le rythme et la mélodie l'évoquent ainsi que les paroles qui chantent la force de l'amour et de ses manifestations physiques. (I know/ if we kissed / Then love / Would follow [...] / I know / If we touched / We'd lose / Our sorrow ) Avec le dernier titre de l'album, Long time ago , on a l'impression d'être hors du monde, dans les limbes d'un paradis de l'amour, impression corroborée par l'absence initiale de guitares et la présence exclusive de quelques notes d'orgue cotonneuses et irréelles et de la batterie. On est loin de ce monde physiquement et loin temporellement (That was a long time ago). Quels que soient les malheurs, les chagrins, les échecs passés, tout cela est bien fini car maintenant, il a la foi, il est touché par la grâce. Mais la guitare acoustique revient laissant entendre que ce paradis est bien du domaine du réel.

 

L'écoute de ce disque insuffle la foi en son auditeur mais une foi sans objet, sans figure toute-puissante, ou plutôt une foi en la musique, qui , comme la foi en Dieu, accompagne le croyant dans sa vie et l'aide par sa compassion qui agit comme un baume à surmonter les épreuves de la vie. De plus, loin de composer des chansons d'amour guimauve, Josh Haden se révèle un auteur-compositeur de chansons d'amour magistrales et adultes, intégrant et assimilant dans la réalité à la fois l'expérience "peace and love" et l'image romantique de l'amour. , comme s'il en était revenu des deux (et peut-être surtout de la première )et en avait tiré sa propre synthèse. PC

 

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